06 juillet 2009
Le Prieuré de Graville, un monument dans l'Histoire (7/8)
J'aime rêver... et parfois, ces rêves m'emmènent dans un Havre des temps anciens, un Havre que je n'ai pas connu mais dans lequel je me vois souvent déambuler... et pas plus tard que la semaine dernière, j'ai eu un flash !
J'étais devant la maison du Passeur !
J'ai frappé sur la lourde porte, histoire que l'on m'ouvre et que je puisse découvrir l'intérieur mais j'ai trouvé portes closes ! Personne... J'ai donc continué ma route jusqu'à la rue du Grand Croissant, au 19, une adresse que je connaissais bien.
Mais là-encore, personne ! Je me suis donc approché pour voir ce qui se passait par la fenêtre, et alors, bing !!!
Ma tête a heurté une épaisse étagère, et au lieu de m'évanouir, je me suis réveillé et je suis retourné à la réalité... les pieds bien sur terre !
J'étais au premier étage du Prieuré de Graville, dans la pièce consacrée à l'exposition des vieilles maisons de Jules Gosselin !
J'ai alors pris du recul et ai observé différemment les deux demeures évoquées ci-dessus...
La Maison du Passeur, vieille bâtisse du XIV ou XVe siècle, construite en tous cas bien avant la fondation du Havre et détruite en 1832. Elle était située 5, rue Royale (Général Faidherbe), dans le quartier Saint-François.
Le 19, rue du Grand-Croissant, vieille demeure du XVe siècle, bien évidemment détruite aujourd'hui...
En me retournant, je m'aperçus qu'il y en avait bien d'autres, pas toutes du Havre...
L'Auberge "Au bon cidre" à Montivilliers (place de l'église), construite au XVe siècle et détruite en 1840.
Le Manoir de Réauté, toujours à Montivilliers, demeure du XVIe siècle encore debout aujourd'hui.
Le Prieuré, bâtiment de la fin XVe - début XVIe siècle, situé rue de la République à Harfleur, classé le 6 mai 1959 et devenu aujourd'hui Musée municipal.
Enfin, pour finir, la maison natale de Jules Gosselin, à Gonneville-la-Mallet.
Pour la petite histoire, "Jules Gosselin est né en 1863 à Gonneville-la-Mallet, mais c'est à Bolbec qu'il passa la plus grande partie de sa vie et qu'il construisit la majeure partie de sa collection de maisons. Plus tard, il se retira à Sanvic où il meurt en 1936.
Sa vocation de maquettiste commence dès l'âge de vingt ans et ne le quitta plus jusqu'à sa mort. C'est en effet à vingt ans qu'il réalise sa première maquette : sa maison natale, maison rurale du Pays de Caux, à Gonneville-la-Mallet. Il n'a probablement pas dans l'idée en réalisant cette première oeuvre d'entreprendre cette "histoire rétrospective de l'habitation humaine", comme il le dit lui-même, que fut finalement son oeuvre.
Ces maquettes sont toutes réalisées avec des matériaux simples : plâtres, bois, osier, tissus, cuir, peinture. Toutefois, à partir de ces matériaux, Jules Gosselin a toujours cherché la reproduction fidèle, transformant, mêlant les matériaux. Outre la maison, l'auteur a cherché, lorsque c'était possible, à présenter le site dans lequel s'élève ou s'élevait cette demeure : piton rocheux, lac, forêt, etc.
Si la technique n'évolue guère au fil des années, le souci du détail, du réalisme, s'affirme. Ainsi aux premières maisons réalisées principalement en plâtre et en bois ont succédé des maquettes réalisées à partir de matériaux plus divers et plus proches de la réalité : fenêtre en verre, figuration des tissus, véritable torchis pour les colombages...
"L'histoire rétrospective de l'habitation humaine", telle que l'a voulue et réalisée Jules Gosselin est avant tout un témoin unique en son genre de maisons en partie aujourd'hui disparues, que ces maisons aient existé dans la réalité ou qu'elles fussent des réalisations éphémères de l'exposition universelle d'architecture de 1889.
En effet, Jules Gosselin n'a jamais complètement inventé ses modèles mais il s'est toujours au contraire référé à des modèles qu'il avait trouvés au hasard de ses recherches : visites, promenades, lithographies, guides touristiques. Gosselin s'est également servi de livres d'architectures illustres tels que Viollet le Duc mais aussi et surtout du livre de Charles Garnier (architecte de l'Opéra de Paris) et Amman (membre de l'Institut) : "L'Habitation humaine". Ce livre sera véritablement son livre de chevet et sa source privilégiée et à travers lui l'Exposition Universelle d'Architecture de 1889.
En effet, lors de l'Exposition Universelle de 1889, Charles Garnier avait présenté une histoire de l'habitation humaine réalisée à partir de quarante quatre maquettes grandeur nature de maisons de tous les temps et de tous les pays. Ces maisons étaient réalisées selon une vision de l'histoire de l'humanité définie par l'auteur quelques années plus tard dans son livre.
Gosselin ne reprit pas à son compte la vision présentée par Garnier et qui fut d'ailleurs très contestée, sinon dans son fonds, du moins dans sa forme : un tiers des maisons était soit incomplètes, soit fantaisistes. L'auteur des maquettes se contente de prendre dans l'oeuvre de l'architecte des modèles. Ces modèles lui servent à illustrer sa propre vision de l'histoire rétrospective de l'habitation humaine, vision très influencée par le romantisme et ses prolongements que furent le développement de l'exotisme, du régionalisme et pour une certaine part de l'archéologie".
Aujourd'hui, toute cette collection unique en son genre de maquettes de maisons dite "Collection Gosselin", du nom de leur auteur, est exposée au Musée du Prieuré de Graville, et ce, depuis 1949.
Je n'ai présenté que quelques clichés des maisons de cette collection, clichés des maisons havraises ou de la proche banlieue, mais il y en a un nombre impressionnant.
Le texte en italique est celui de l'exposition "Le Prieuré de Graville, un monument dans l'Histoire".
05 juillet 2009
Les Z'estivales aux Jardins Suspendus
De retour des Jardins Suspendus, j'actualise en quelque sorte le billet de ce matin (à la date du 4 juillet en fait, vue l'heure tardive à laquelle est posté ce billet).
L'orchestre André Messager interprétait "Le petit Opéra" dans le cadre des Z'estivales (Festivel d'été du Havre), sous la direction de Thierry Pelicant. Trois chanteurs, Catherine Manandaza (soprano), Jean Goyetche (tenor) et Marc Souchet (baryton), voyagent dans le monde des plus beaux airs de l'opéra... et de l'opérette.
Rossini, Gounod, Verdi, Puccini, Massenet, Messager et Offenbach ont donc résonné à nos oreilles.
La foule était très nombreuse...
...si nombreuse qu'il n'y avait pas assez de places assises et que bon nombre de personnes s'étaient assises dans les contre-allées. J'y ai croisé Dan et pas mal de têtes connues.
Allez, clap de fin pour les Jardins Suspendus... Demain, retour au prieuré ! Au passage, bravo quand même à François (voir les commentaires du billet précédent) pour la qualité de ses photos.
04 juillet 2009
Visite des Jardins Suspendus
L'Association pour la Promotion de Bléville Dollemard, présidée par Dominique Prévost, continue sa programmation culturelle et a organisé ce matin une visite guidée des Jardins Suspendus. Une trentaine de personnes s'était donc donné rendez-vous devant le Fort de Sainte-Adresse pour une balade bien reposante.
Florence Gasté, guide conférencière pour Le Havre, Ville d'Art et d'Histoire, assurait la visite.
Elle commença par un petit rappel historique sur le Fort de Sainte-Adresse, et comment fut pensé le projet des Jardins Suspendus.
Les Jardins Suspendus ont été créés sur les vestiges de l'ancien fort militaire de Sainte-Adresse, construit en 1856. Il faisait partie d'une ceinture de quatre forts (avec ceux du Mont-Joly et des Neiges, aujourd'hui disparus et le fort de Tourneville). Ils avaient pour mission d'assurer la défense de la ville du Havre à la place des remparts, démolis à partir de 1852.
L'équipe de paysagistes et d'architectes a su conserver les traces des fortifications, en tirant parti des alvéoles et des quatre bastions, pour transformer ce site de 17 hectares en un vaste jardin dédié aux plantes.
En route pour les bastions...
Au passage, on se renseigne auprès de Florence Gasté et on assure la relation clientèle du blog ! (lol)
D'ailleurs, si je suis sur certaines photos, c'est que pour une fois, je n'étais pas seul... Benoît qui "oeuvrait" pour le blog de l'Association pour la Promotion de Bléville Dollemard m'a gentiment donné quelques photos.
Sur chacun des bastions, un jardin différent : le jardin d'Amérique du Nord, celui des explorateurs contemporains, celui d'Asie orientale et enfin, le jardin austral...
Remises en valeur, les traces architecturales des anciennes batteries militaires ont été épurées et recreusées pour donner naissance à des espaces de repos, comme on peut le voir sur le cliché suivant.
Florence Gasté explique ici que les Jardins Suspendus sont dépositaires de deux plants de Wollemia Nobilis, une plante découverte il y a peu... alors qu'il n'existe que quarante plants dans le monde !


D'autres plantes et d'autres paysages...



On en oublierait presque le passé militaire de l'endroit, et pourtant, au détour d'un chemin, on retrouve la trace de ces murs de brique...
Sur le cliché suivant, on peut découvrir le point culminant du Pays de Caux ! Eh oui... Cette poudrière culmine en effet à 110 mètres d'altitude. A l'intérieur, une chapelle avec un Christ en croix peint sur une des parois murales. Il est prévu une restauration et une ouverture au public... quand les budgets nécessaires auront été votés.
Sous cette passerelle, une brèche dans la muraille du fort... Elle fut percée lors de la Libération du Havre le 12 septembre 1944. A cet endroit se trouvaient des munitions allemandes que les Résistants ont fait sauter. L'architecte a souhaité laissé ces fortifications en l'état, afin de témoigner d'un pan de l'histoire du fort.
Il est prévu l'installation de mousses sous la passerelle.
A travers les trois clichés précédents, on comprend pourquoi ce fort fut construit. Il était prévu pour repousser une attaque venant de la mer. N'oublions pas qu'en 1854, la France est gouvernée par Napoléon III. Napoléon Ier n'est pas si loin (d'ailleurs, on voit le Chapeau de Napoléon sur la photo précédente - lol) et dans les esprits d'alors, le danger peut venir d'Angleterre...
Finalement, il n'y eut jamais d'attaque maritime. Elle fut terrestre en 1870 et les Prussiens s'arrêtèrent aux portes de la Ville (voir d'ailleurs à ce propos mon billet sur la Vierge Noire, témoin de cet épisode de notre Histoire). Le fort de Sainte-Adresse fut donc finalement que peu sollicité, jusqu'à ce que les Allemands l'occupent en 1940.
C'est ce que nous nous disions ! mais retournons à notre visite... Au passage, on constate que Dan et Phyll ont fait des émules.
Je me demandai pourquoi ce parterre gazonné lorsque j'entrai pour la première fois dans ces lieux... Je trouvais le rendu "bizarre", mais j'ai eu mon explication aujourd'hui. C'est en fait une vue d'artiste (ou d'architecte) ! Cette zone mi-végétale, mi-minérale (les sépérations des bandes de gazons sont en pierre) symbolise en fait la paix. De chaque côté du grand tapis vert, des plantes odorantes attendent de pousser. Plus tard, elles dégageront des parfums différents selon les heures de la journée.
Voilà ! Il en était fini de cette visite... Nous pouvions repartir et quitter les Jardins Suspendus, avec une seule idée en tête : y revenir !
Signalons que ce soir aura lieu un concert de musique classique au coeur de cet écrin, dans le cadre des Z'estivales.
Enfin, il faut savoir que pendant toute la période estivale, tous les dimanches, un petit train peut vous emmener de la plage aux Jardins Suspendus et vous ramener ensuite en ville basse (2 € l'aller-retour). Le départ se fait à 10 heures devant l'Office du Tourisme et le retour à midi depuis le fort.
Une visite guidée des Jardins Suspendus a aussi lieu tous les dimanches, à 10 heures 30. Elle est assurée par les guides conférenciers du Havre, Ville d'Art et d'Histoire (5 €).
N'hésitez pas à vous y rendre ! Bonne visite...
Merci à Benoît pour les photos et à l'Association pour la Promotion de Bléville Dollemard pour ses initiatives culturelles.
03 juillet 2009
Le Prieuré de Graville, un monument dans l'Histoire (6/8)
Comme promis il y a quelques jours, je vais revenir sur la croix exposée dans la pièce principale du prieuré... lieu de l'exposition "Le Prieuré de Graville, un monument dans l'Histoire".
Cette croix en calcaire coquillé date du XIVe siècle. Elle se trouvait dans le cimetière dit romantique de Graville, à l'emplacement exact de sa copie installée pour protéger l'original après la seconde guerre mondiale.
Elle est composée de plusieurs éléments dont celui qui est présenté.
Les bras de la croix sont des octogones garnis de billettes, ils portent à leur intersection une rose à quatre lobes entourant, sur une face, le Christ, et sur l'autre face, la Vierge portant l'Enfant sur le bras gauche.
Un astucieux stratagème a été mise en place pour pouvoir observer les deux côtés de la croix...
Ici, la Vierge à l'Enfant, maintenant peu visible...
Les romantiques ont beaucoup représenté la croix de Graville dans son environnement sauvage et champêtre.
Elle a, entre autre, inspiré le décor de l'opéra en cinq actes, "Robert le Diable", celui composé en 1831 par Giacomo Meyerbeer, dont les paroles sont d'Eugène Scribe et Germain Delavigne (frère de Casimir Delavigne).
Le décor ayant parcouru les scènes, rendit célèbre le site.
Les photographies que j'ai prises des estampes présentées à l'exposition ne sont malheuresement pas exploitables pour une présentation sur le blog...
Voici néanmoins une vue extraite du site des Archives Municipales de la Ville du Havre.
Nous reste donc la vision de la croix aujourd'hui, telle qu'on peut l'admirer dans le cimetière romantique, même s'il ne s'agit que d'une reproduction.
Et puisqu'il faisait si bon dans ce merveilleux endroit, voici deux autres clichés ce lieu, sans rapport direct avec la croix, mais si pittoresques et si caractéristiques de ce cimetière gravillais.
30 juin 2009
Le Prieuré de Graville, un monument dans l'Histoire (5/8)
Poursuite de mes billets sur l'exposition "Le Prieuré de Graville, un monument dans l'Histoire", avec aujourd'hui, la découverte de l'église...
Comme on l'a déjà vu dans de précédents billets, le site de Graville est un lieu de culte connu depuis les temps les plus reculés. Des moines cénobites vivaient notamment dans les falaises.
Après qu'il fut doté par Guillaume Mallet de Graville au XIe siècle pour y installer des clercs, le prieuré est à nouveau largement doté au XIIIe siècle par la même famille pour y installer des Augustins, venus de Sainte-Barbe-en-Auge.
L'église est construite à cette époque... au XIe siècle pour la nef, en style roman, et au XIIIe siècle pour le choeur, en style gothique. Ce choeur est à trois vaisseaux et deux travées, au chevet droit.
On peut observer sur les colonnes de fines sculptures dont Brunet-Debaines (architecte de la ville du Havre qui construisit entre autres le troisième Hôtel-de-Ville de la Ville) assura lui-même la restauration au XIXe siècle.
Ce remarquable retable baroque a pris place dans l'église dans les premières années du XVIIe siècle. A gauche, la statue de Sainte-Barbe rappelle d'où venaient les Augustins arrivés au XIIIe siècle, à droite, celle de Sainte-Honorine rappelle de quelle façon le prieuré de Graville est lié à la Sainte.
Le Prieuré aurait notamment abrité les reliques de la Sainte à la fin du IXe siècle. D'importants pèlerinages ont eu lieu depuis le Moyen Age, autour du sarcophage censé avoir abrité ces reliques. Aujourd'hui, on pense pourtant qu'il s'agirait plutôt du sarcophage d'un des premiers moines installés à Graville au VIe siècle.
Quoiqu'il en soit, le tombeau est aujourd'hui vide des reliques de la Sainte qui sont à Conflans Sainte Honorine.
Sainte Honorine est invoquée pour la fécondité ou le retour des prisonniers, mais elle soigne aussi de la surdité... les pèlerins mettaient alors leur tête dans l'oculus prévu à cet effet.
On trouve aussi de nombreuses sculptures en bois dans cette église, statues d'à peu près toutes les époques...
Une figure de proue d'une qualité exceptionnelle, représentant un ecclésiastique... Il pourrait s'agir de Pie IX, et le travail pourrait avoir été exécuté vers 1850, par le sculpteur havrais Pierre-François-Armand Haumont, sculpteur des statues des évangélistes de la cathédrale Notre-Dame.
Cette représentation pourrait donc avoir orné le guibre du trois-mâts, "Pie IX" de l'armement H. I. et L. Levavasseur (Rouen), puis Levavasseur et Leloup (Le Havre).
Ce bateau appareilla du Havre, comme navire baleinier, entre 1851 et 1855, puis comme long-courrier, avant de terminer sa carrière à Ceylan en 1866, où il fut condamné pour inavigabilité, vendu et dépecé.

Une Vierge à l'enfant, en bois sculpté, datant du XVIe siècle.
Saint-Roch, bois de tilleul polychrome, datant du XVIIe siècle.

Saint-Denis ou Saint-Nicaise, bois polychrome du XVIe siècle. Cependant, toutes les statues ne sont pas en bois...
Saint-Joseph, patron des charpentiers et autres scieurs de long. Il se trouve dans une zone dégagée où l'on a mis en valeur des fonds baptismaux datant du XVe siècle.
Enfin, pour terminer cette visite de l'église au caractère ô combien religieux, voici une croix de procession, datant elle-aussi du XVe siècle et provenant de l'abbaye de Montivilliers...
28 juin 2009
Le Prieuré de Graville, un monument dans l'Histoire (4/8)
Comme promis hier, retour à mes billets sur le Prieuré de Graville. Aujourd'hui, nous allons parler de la Vierge Noire. Voici comment elle s'impose au quidam qui l'observe depuis la terrasse du Prieuré.
Approchons-nous maintenant, tout doucement...
sans bruit...
pour ne pas déranger.
Selon une croyance populaire, la Vierge Noire de Graville est érigée à l'endroit précis où, en 1870, les troupes prussiennes se sont "miraculeusement arrêtées". La statue aurait même été coulée avec le bronze des canons pris aux Prussiens.
En réalité, la statue de la Vierge est bien liée aux événements de la guerre de 1870, mais elle est la résultante d'un voeu, formulé par l'association des Mères Chrétiennes présidée par Mme Foache, pour qu'une statue soit érigée dans la ville si elle était préservée.
L'invasion évitée, le site de Graville dominant l'estuaire, a tout de suite semblé le plus approprié.
Le dessin de la sculpture est demandé à M. Robert, alors que son interprétation et le plan du Monument sont dus à M. Roussel, architecte au Havre.
Haute de six mètres et d'un poids de trois tonnes, la statue est alors coulée dans un alliage de zinc et d'étain, devant recevoir une couche d'argent. Mais, seulement, faute d'argent justement, l'argent ne fut jamais apposé et l'alliage se mit rapidement à noircir d'où le nom de Vierge Noire. Elle n'a donc rien à voir avec d'autres vierges noires que l'on peut trouver ailleurs dans le monde, et qui elles, sont "noires" mais de façon délibérée...
Elle est inaugurée le 27 juin 1875, en présence des autorités civiles et religieuses, bénie par le Cardinal de Bonnechose devant une foule estimée à trente mille personnes.
"Notre-Dame du Havre de Grâce
Des mères chrétiennes
et les habitants de la ville
reconnaissants de sa protection
contre l'armée ennemie
1870-1871
*************************
Cette statue a été bénite par son Eminence
Mgr Henri Marie Gaston de
BONNECHOSE Cardinal Prêtre
de la Ste Eglise Romaine du
titre de St Clément
Archevêque de Rouen
le 27 juin 1875"
peut-on lire sur la plaque apposée sous la statue.
Aujourd'hui encore, elle continue à occuper une place importante dans le coeur des havrais. Comme au premier jour, de nombreuses dévotions l'entourent. Diverses offrandes, telles que des croix, chapelets, des plaques, des médailles ou des souliers d'enfants pour invoquer la sauvegarde de la Vierge, sont déposées quasiment quotidiennement dans une petite grotte à proximité, transformées en petite chapelle.
Pourtant la seconde guerre mondiale aurait pu détruire la Vierge Noire. En effet, pendant les bombardements de septembre 1944, la statue reçoit des éclats d'obus, ouvrant la porte à la corrosion. En 1984, une restauration s'avère indispensable, mais un examen attentif oblige à prendre la décision d'en couler une autre après un moulage sur le modèle.
Le travail est confié à la fondation Pierre de Coubertin, dont les ateliers sont à Saint-Rémy-de-Chevreuse.
La nouvelle statue est alors financée par la Ville du Havre et le Département pour deux tiers de la somme, le reste par une souscription lancée aux havrais par l'association pour la restauration de la Vierge Noire présidée par monsieur Philippe Manneville.
La nouvelle statue fut bénie et inaugurée le 15 décembre 1985, en présence des autorités civiles et religieuses.
Mais qu'advint-il des fontes originales de la première statue ?
Les têtes de la Vierge et de l'Enfant Jésus sont conservées au Musée du Prieuré. Elles sont exposées lors de l'exposition "Le Prieuré de Graville, un monument dans l'Histoire".
En voici quelques clichés...
Comme on peut le voir sur les deux clichés suivants, les fontes originales sont bien abîmées, percées et rafistolées à certains endroits... On peut aisément comprendre la décision qui fut prise d'en couler une autre !
Je me garderai de toute considération architecturale, mais je lui trouve un visage très antique ! (influence grecque ou romaine ?) En tout cas, elle est bien jolie, et bien mise en valeur... Rien que pour elle, l'exposition vaut le détour !
Le prochain billet sera consacré à l'église du Prieuré.
Sources :
- Le texte, à part un ou deux compléments, est celui de l'exposition.
- Les quatre photographies de l'installation de la statue de la Vierge Noire en 1985 sont tirées de l'exposition.
27 juin 2009
Rencontre - Petit déjeuner avec Jean-Paul DUBOSQ
Ce matin avait lieu une rencontre petit-déjeuner avec Jean-Paul DUBOSQ, président de l'Association "Mémoire et Patrimoine, Le Havre 1939-1945", au foyer des aînés de la rue Saint-Just, à Bléville. Il était accompagné de Roger Soulieux, vice-président de l'association.
Ils ont présenté leur association, leur but, leurs travaux et réalisations ainsi que leurs projets.
Une cinquantaine de personnes ont pu échanger avec eux autour d'un petit-déjeuner. Cette rencontre était organisée par le Comité Saint-Fiacre - Le Havre Pays de Caux, présidé par Dominique Prévost.
Je pense que tous les participants ont été comblés.
Dan, Phyll, Geo et Jean-Michel et moi-même avons assisté à cette rencontre fort intéressante.
Au passage, Dan a pu évoquer la porte de la caserne Kléber, ce qui nous a permis de découvrir un autre blog havrais évoquant non pas la porte, mais la Cité Kléber ! Je vous invite à vous y rendre, car ce blog est passionnant... Vous y trouverez notamment beaucoup de photographies liées à cette cité. Sinon, les nouvelles à propos d'une possible destruction de la porte Kléber sont plutôt rassurantes, même si, comme le dit Dan, il faut rester vigilant...
Demain, promis, je reprends mes posts sur le Prieuré de Graville.
23 juin 2009
Le Prieuré de Graville, un monument dans l'Histoire (3/8)
Comme promis hier, je vais vous faire pénétrer aujourd'hui dans les murs du Musée du Prieuré afin de vous faire découvrir l'exposition "Le Prieuré de Graville, un monument dans l'Histoire".
En déambulant dans les différentes salles de cette exposition, j'ai eu l'occasion de prendre un maximum de photos (près de deux cents...), mais volontairement, je ne vous en présenterai qu'une dizaine, et ce, pour deux raisons !
La première, c'est que beaucoup des documents exposés, sont présentés dans des cadres, à travers des vitres... qu'il s'agisse de plans, de cartes, de lettres, de papiers officiels, de photographies, d'estampes ou d'autres aquarelles ! Vu l'éclairage direct dans les salles d'exposition, les clichés sont de piètre qualité, avec beaucoup de reflets et les exposer sur ce blog n'aurait aucun intérêt, ni esthétique, ni pratique car ces vues ne seraient guère exploitables... En voici néanmoins un exemple.
La seconde, c'est qu'en écrivant ces billets, j'aimerais vous inciter à délaisser votre ordinateur, et vous donner l'envie de vous rendre à cette exposition. Or, si je vous montrais tout, j'obtiendrai peut-être l'effet inverse de celui escompté...
J'ai donc sélectionné quelques clichés représentatifs de ce que l'on peut trouver, sans vous noyer sous les images.
En pénétrant dans ce lieu, le premier sentiment que j'ai eu était celui de changer d'époque... Voici la pièce principale du musée. Je ne m'attarderai pas sur cette croix car j'y reviendrai dans un autre billet. Comme vous le voyez, beaucoup de pièces d'exposées...
Les organisateurs de cette exposition ont su coordonner architecture des lieux, photographies et statues... le balisage est clair et explicite.
A propos de statue, en voici trois...

Une Vierge couronnée, provenant peut-être de Dol. Elle est inspirée des vierges du XIVe siècle.
Une Vierge assise à l'enfant, provenant de Tresson, dans la Sarthe.
Une statue unique (en fait, Elisabeth Leprêtre disait qu'il y avait un seul équivalent connu, appartenant au Musée du Louvres) par sa pause agenouillée et le fait qu'elle allaite. Elle date du XIVe siècle et la pause utilisée est directement liée à l'épidémie de la Grande Peste qui frappa l'Europe au XIVe siècle.
Des sceaux sont aussi présentés. Ici, ceux du Prieuré Sainte-Honorine de Graville à travers différents époques : 1384, 1474 et 1718.
Là, le sceau de la famille Mallet (1293), celui de Jean Mallet (1293) et encore le sceau du Prieuré Sainte-Honorine de Graville (1689). On constate qu'on retrouve souvent les trois fermaux des armoiries des Mallet, même quand ceux-ci ne sont plus seigneurs de Graville...
Une salle est consacrée aux différentes guerres et aux bombardements qu'a connu le Prieuré de Graville. L'église a par exemple perdu sa tour Nord pendant la guerre de Cent Ans, sa tour Sud en 1563 pendant les guerres de religion, sans oublier les terribles bombardements de la seconde guerre mondiale.
Les salles basses du Prieuré sont également accessibles... dans l'une d'elles, on trouve cette très belle statue, le reste de la pièce étant consacrée à la Statue de la Vierge Noire. J'y reviendrai dans un prochain billet...
Enfin, la dernière pièce que vous visiterez aujourd'hui est sans doute la plus belle (enfin, à mes yeux) : c'est la crypte. Malheureusement, pour des problèmes de sécurité, elle est inaccessible. On peut juste l'admirer à travers une grille en fer forgée qui en barre l'accès...
J'attends une confirmation (ou une infirmation) d'Armelle Bellet, attachée de Conservation au Musée du Prieuré de Graville, mais il se pourrait que j'ai retrouvé dans cette crypte "ma" fameuse plaque commémorative du massacre des frères Raoulin, celle en cuivre, évoquée par Julien Guillemard dans son "Esprit du Havre"...
Voilà tout pour ce soir... Demain, retour sur cette fameuse statue de la Vierge Noire.
22 juin 2009
Le Prieuré de Graville, un monument dans l'Histoire (2/8)
Repartons là où l'on s'était arrêté hier...
La partie la plus ancienne du Prieuré (la nef de l'église, à gauche du cliché) date de la seconde moitié du XIe siècle. Elle a été construite grâce à un legs de Guillaume Mallet de Graville, revenu richement doté de sa campagne d'Angleterre auprès de Guillaume le Conquérant. Ce prieuré avait été construit au départ pour y installer des clercs.
Le fait de choisir Graville pour édifier ce prieuré ne doit rien au hasard. En effet, il faut savoir que des moines occupaient déjà les lieux depuis au moins la fin du IXe siècle. A cette époque, sous le règne d'Eudes Ier, les religieux de Graville auraient abrité et protégé les reliques de Sainte-Honorine pendant une dizaine d'années (888-898). Ces reliques auraient été envoyées à Graville par les religieux de la cathédrale de Bayeux qui craignaient une attaque des Normands par l'Ouest. Eudes Ier tenait alors la Vallée de la Seine en respect et les religieux de Bayeux pensaient les reliques plus en sécurité à Graville qu'à Bayeux. Il est logique de penser qu'eux-mêmes les avaient accueillies à Bayeux pour les protéger puisque d'ordinaire, des reliques de femmes étaient gardées dans des couvents de femmes. Seulement, en 898, Eudes Ier meurt et les conflits reprennent dans la Vallée de la Seine. Les reliques sont de nouveau en danger et c'est alors qu'elles prennent le chemin de Conflans-Sainte-Honorine.
Néanmoins, cela ne nous explique pas pourquoi ces religieux choisirent Graville pour y envoyer les reliques de la Sainte. Là, encore, rien n'est dû au hasard... Ils choisissent ce lieu parce que des moines y étaient installés depuis au moins le milieu du VIe siècle. A cette époque, la Vallée de la Seine n'était pas complètement christianisée... Les grandes villes, comme Bayeux ou Rouen, l'étaient déjà largement, mais pas les contrées plus reculées, loin des villes. Les religieux de la cathédrale Saint-Vigor de Bayeux (encore eux) choisissent alors d'envoyer des moines pour évangéliser la région. A Graville, mais aussi à une dizaine d'autres endroits situés en bordure de Seine entre son embouchure et Mantes, à flanc de coteau, des ermitages sont installés. Saint-Vigor est souvent représenté terrassant le dragon et ces ermitages étaient le plus souvent liés à une légende de dragon ou situés sur des terrains portant le toponyme de Dragon, comme c'est le cas à Graville.
Ici, ils bénéficient de grottes qui avaient pu être utilisées dès les temps les plus anciens comme abris sous roche. Elles sont encore visibles au Nord du cimetière actuel. Lors d'un de ses précédents billets, Phyll avait d'ailleurs eu l'occasion d'en parler et surtout d'y pénétrer avec Dan... chance assez rare puisque l'accès y est interdit en temps normal.
On constate la présence discrète de l'homme dans ces lieux... ici, des abreuvoirs à bestiaux, taillés directement dans la roche calcaire. Ils datent très certainement du XVIIe siècle, époque où les moines vivaient encore en autarcie. Mais quelquefois, cette présence est encore un peu plus manifeste...
Dan dans une de ces fameuses grottes, au milieu d'un beau capharnaüm !
Je ne sais pas qu'elles sont les règles de sécurité entourant ces lieux, mais il est un peu dommage de ne pas les mettre en valeur, et surtout de les utiliser comme dépotoir, tant à l'intérieur même, qu'à leurs abords...
M'enfin, ce n'est que mon avis, même si je pense qu'il sera partagé par d'autres.
Toutes les informations partagées dans cet article sont tirées des différents panneaux présentés à l'exposition "Le Prieuré de Graville, un monument dans l'Histoire" ainsi que des commentaires éclairés d'Elisabeth Leprêtre, conservatrice des musées historiques du Havre, faits lors de la visite inaugurale.
Elles ont été apportées par Jacques Le Maho, chercheur au CNRS, qui a particulièrement travaillé sur l'histoire de ces ermitages dépendant de la cathédrale Saint-Vigor de Bayeux en Basse-Normandie. Au cours de ses recherches, il a aussi été amené à travailler sur le Prieuré de Graville et sur les légendes entourant les reliques de Sainte-Honorine... Il ne reste plus qu'à souhaiter qu'un ouvrage de vulgarisation soit édité pour fixer ces données par écrit et les offrir aux passionnés d'histoire locale...
Merci aussi à Phyll de m'avoir autorisé à publier deux de ses photos...
Demain, promis, on entre dans le musée du prieuré... les photos sont maintenant triées !
21 juin 2009
Le Prieuré de Graville, un monument dans l'Histoire (1/8)
Premier billet d'une série de huit concernant l'exposition "Le Prieuré de Graville, un monument dans l'Histoire".
Pas d'historique aujourd'hui (faute de temps), mais des photos que tout un chacun peut faire en se rendant au Prieuré. Elles sont toutes prises en extérieur. Dans les jours qui suivent, je vous présenterai l'exposition en détail, en vous donnant diverses informations historiques, au coup par coup.

L'entrée du prieuré de Graville.
Si quelqu'un a une idée sur la présence de ces canons, je suis preneur !
L'abbaye.







La seule tour encore visible de l'abbaye de Graville, vue depuis le cimetière...
Il faut savoir qu'au XIIIe siècle, deux tours carrées encadraient l'entrée de l'église, comme l'abbaye de Saint-Wandrille ou celle de Jumièges. Voici une reconstitution probable de ce que pouvait être le prieuré au XIIIe siècle (document présenté à l'exposition).
Le fameux cèdre dont Phyll nous a parlé il n'y a pas si longtemps...
Demain (ou peut-être après-demain, je ne sais pas encore l'ordre exact de mes futurs billets), promis, on entre dans les murs du prieuré... (mais pas par cette superbe fenêtre du XIIIe siècle) !
Si le sujet vous intéresse, vous pouvez aussi vous rendre sur le blog de François qui parle également du prieuré de Graville actuellement : Franciscopolis, la ville de François Ier.


















































































































