Le Havre d'avant... ou l'histoire en photo de la ville du Havre et des Havrais avant la guerre...

Le Havre... toute l'histoire du Havre et des Havrais... avant le naufrage et les bombardements de 1944 ! Beaucoup de photos dans Le Havre d'aujourd'hui également...

22 janvier 2009

La chapelle Saint-Michel d'Ingouville (2/6) : historique

La chapelle Saint-Michel d'Ingouville est sans nul doute un des plus anciens monuments du Havre. Elle s'élevait déjà au-dessus de la plaine, à mi-côte, au XVIe siècle. "Elle est restée, dit l'abbé Cochet, comme un vieillard laissé là, sur le chemin, pour raconter aux générations nouvelles, l'histoire des générations passées".

Cet édifice date de la seconde moitié du XVe siècle. Il fut probablement construit vers 1480, grâce aux largesses de Jean Malet de Graville. Sa famille est une des plus vieilles familles de France. Guillaume Malet participa notamment à la bataille d'Hastings en 1066 aux côtés de Guillaume le Conquérant. Le père de Jean Malet de Graville fut fait prisonnier en Angleterre, où il resta 17 ans... A son retour, il reçoit une énorme pension de la part du roi en signe de reconnaissance, pension que son fils utilisera en partie pour bâtir l'église Saint-Michel d'Ingouville. La construction est faite dans un style gothique flamboyant, en lieu et place de l'ancienne église romane qui servait de lieu de culte au petit bourg d'Ingouville depuis le XIe siècle. On a cependant retrouvé des vases funéraires romains, datant du IIe ou IIIe siècle après JC à Ingouville, preuve que ce lieu est habité depuis très longtemps...

Le fils de Jean Malet de Graville, amiral de Graville va terminer l'édifice, entièrement achevé en 1516, soit un an avant la fondation du Havre. Les Malet de Graville auront bien évidemment leur propre porte pour entrer dans l'église, à l'écart de celle des fidèles.

On peut voir de lourds contreforts aux angles de murailles autour de cette église, comme dans le style roman, et des rangées de silex noirs alternant avec la pierre. Les fenêtres ont la forme d'une ogive, plus gracieuse que le plein cintre. La muraille nord n'ayant pas d'ouverture, l'obscurité règne dans cette église.

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Dans une description de l'ouvrage Le Havre d'autrefois (1883), on peut lire que "seule une porte latérale au Midi, masqués par un bâtiment, attire l'attention. Cette porte est surmontée d'une ogive surbaissée, dite en accolade, avec accompagnement de feuilles frisées. A côté des attributs maritimes et religieux curieusement enlacés, on voit aussi au-dessus de la porte, un écusson de pierre en incrustations de silex représentant les trois fermaux des Malet de Graville."

Alphonse Martin décrivait ainsi cette porte à la même époque : "Les colonnettes des ébrasements sont reliées par un arc surbaissé portant, en claveau, les armoiries de Graville : ces colonnettes sont surmontées de deux pinacles et d'un troisième central avec bouquets brisés et têtes d'animaux au milieu d'un panneau de pierre avec moulures prismatiques. Dans ce panneau, sont incrustées, en double et en silex noir, les armes de Graville, c'est-à-dire trois fermeaux. Au-dessus règne une frise sculptée en creux avec feuillages et animaux divers ; cette frise est divisée, au milieu, par un écu portant les lettres I.H.S. en caractères gothiques, sur une ancre en pal c'est-à-dire le symbole de la fonction de l'amiral de Graville, adopté par lui après sa nomination en 1487, comme nous l'apprend M. Favet, son biographe. Ce monogramme signifie la légende : Jésus sauveur des hommes."

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Pourvue de décorations qui ont disparu depuis au moins le XIXe siècle, cette église était autrefois la métropole dont dépendaient les églises Notre-Dame et Saint-François. Pendant la Révolution, elle servit de lieu de réunion et aussi à l'extraction du salpêtre. Rouverte au culte en 1795, c'était encore en 1822 l'église paroissiale d'Ingouville. En 1823, on lui retira son titre de paroisse, et, en 1838, on lui enleva son ancien patron pour dénommer ainsi l'ancienne chapelle des Pénitents. Elle fut alors officiellement nommée "Chapelle Notre-Dame de Bonsecours", mais pour tous les Havrais, elle reste encore la chapelle Saint-Michel d'Ingouville...

A l'intérieur, on peut admirer la voûte en bois ou berceau. Il fut refait à neuf en 1917, mais les sept tirants, les poinçons et la sablière datent du XVIe siècle. Cet intérieur reçoit la lumière du jour du côté sud par cinq fenêtres à meneaux de pierre de style flamboyant.

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Le chevet plat du côté Est, est percé d'une fenêtre à trois compartiments.

A gauche, côté nord, il n'y a aucune ouverture, même si Lenoble vers 1830, peint l'église Saint-Michel avec deux ouvertures : pure vision de l'artiste...

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Un retable agrémente cette muraille. Il se trouvait autrefois au chevet. Il est orné de trois belles statues en bois, vraisemblablement du XVIIIe sièce, avec une Vierge à l'enfant au centre, Saint-Joseph à gauche et Saint-Thibault à droite.

Au cours de son existence, l'église Saint-Michel d'Ingouville fut très souvent menacée de destruction... Elle fut mise à sac par les protestants le 8 mai 1562, et fut menacer de sauter avec le dépôt de poudre qui y avait été établi, de 1756 à 1758, lors des bombardements du Havre.

En 1790, il fut même question de la vendre... En 1839, le conseil paroissial de l'église Saint-Michel (celle des Pénitents) sollicita heureusement en vain auprès de la municipalité que l'église d'Ingouville soit démolie afin que ses matériaux soient employés à l'agrandissement de l'église paroissiale. Elle dut en partie son salut au fait que le méridien passe par son clocher... En 1876, on parla de nouveau de détruire la chapelle Saint-Michel d'Ingouville, cependant elle fut sauvée grâce à l'intervention du Cardinal de Bonnechose et de nouveau affectée au culte le 29 septembre 1917 par le Cardinal Dubois, archevêque de Rouen.

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Le 5 septembre 1944, les bombardements aériens éventrèrent la partie Est de la chapelle.

Après la Libération, elle fut entièrement restaurée et au cours d'une émouvante cérémonie le 4 décembre 1949, elle fut rendue au culte en présence de M. Pierre Courant, député-maire, qui en remit les clefs à Monseigneur Martin, archevêque de Rouen, primat de Normandie.

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Actuellement, la chapelle Saint-Michel d'Ingouville est spécialement affectée aux communautés orientales et particulières.

Demain la suite du reportage menée de façon un peu plus légère, avec essentiellement des photos...

Source :

- Petite histoire illustrée du Havre, Beaucamp et Le Grix, Le Havre 1893,

- Le Havre et ses églises, Gilbert Décultot, Le Havre, 1992.

- Les commentaires éclairés de Françoise Gasté, guide conférencière.


Commentaires

    Etes vous sur que les vases trouvés soient romains 2 ou 3 S. avant J-C, sachant que la conquête romaine de la Gaule date du 1 er S. avant JC ?

    Posté par otto graf, 22 janvier 2009 à 10:51
  • Non, je ne suis sûr de rien ! lol
    En fait, j'ai noté ce renseignement d'après ce qu'a dit la guide... peut-être une erreur de ma part, ou de la sienne concernant la date ?
    Je vais essayer de la contacter (à moins qu'elle passe par le blog...) et vous tiendrais au courant.
    Damien

    Posté par Damien, 22 janvier 2009 à 11:00
  • Encore un superbe reportage,du très bon boulot merci.

    Posté par buddy2259, 22 janvier 2009 à 15:06
  • Oui, superbe, je ne suis jamais entré à l'intérieur.

    Posté par tce76, 22 janvier 2009 à 23:08
  • Bien vu !

    Bonjour,
    La guide-conférencière qui a animé cette visite s'appelle Françoise Gasté, je lui transmettrai les compliments ! Pour ce qui concerne l'erreur de date concernant les vestiges romains, il fallait bien sûr les dater du 2 ou 3ème siècle APRES J.C. L'erreur c'était glissé dans un document de travail que notre guide a utilisé. Elle est corrigée grâce à vous.

    TM - Ville d'art et d'histoire

    Posté par Villedart, 23 janvier 2009 à 09:53
  • Erreur corrigée... il fallait lire après !

    Merci beaucoup pour cette précision et ce rectificatif... l'erreur est maintenant corrigée dans l'article même.
    Merci aussi à Otto Graf pour sa lecture pertinente de l'article et son commentaire avisé.
    Amicalement

    Damien

    Posté par Damien, 23 janvier 2009 à 12:31
  • superbe comme d'hab, Damien !!! une leçon d'histoire comme j'aime !!!
    y aura-t-il une intéro surprise ??? lol ;o)

    Posté par phyll, 23 janvier 2009 à 18:14
  • Vraiment du beau travail Damien, comme d'habitude.

    Posté par Chr Leguillon, 24 janvier 2009 à 12:06
  • Excellent reportage, bien documenté sur un monument, devant lequel, je suis passé des milliers de fois, sans jamais m'arrêter.
    Il faudra bien que je comble cette lacune un de ces jours !
    amicalement.

    Posté par nicéphore, 24 janvier 2009 à 12:32
  • Vocabulaire en architecture

    Si je puis me permettre d'ajouter : la voûte en bois de l'église est en berceau brisé. La voûte en berceau présente un arrondi régulier.

    Posté par Syrielle, 08 novembre 2009 à 21:29
  • Merci de cette précision car je n'en sais fichtre rien ! Je n'avais retenu que le terme utilisé par la guide : voûte en berceau...
    Encore merci.

    Posté par Damien, 08 novembre 2009 à 21:42
  • Complément

    Pour ceux que celà pourrait interesser, il est dit, dans cette chapelle, le dimanche à 10 h 30, une messe dans le rite dit "extraordinaire" (c'est-à-dire selon les livres de 1962)par un prêtre de la Fraternité Saint-Pierre (c'est-à-dire en accord avec Rome)

    Posté par HUET, 12 octobre 2011 à 16:06
  • Précision

    "Rite Extraordinaire" : c'est-à-dire messe en latin, comme avant le dernier Concile, quoi ! Mais, je le dis bien, en plein accord avec les autorités de l'Eglise Catholique.

    Posté par HUET, 12 octobre 2011 à 16:11

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