Avant le naufrage... ou l'histoire du Havre d'avant

L'histoire du Havre et des Havrais... avant le naufrage !

22 avril 2008

Montée du HAC en Ligue 1

Ce soir, le H.A.C a validé son ticket pour la Ligue 1 de football professionnel. Il ne reste plus que le titre de Ligue 2 à aller chercher, ce qui sera peut-être fait dans les semaines à venir.

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Cependant, cette accession à l'ancienne première division de football n'est pas une première dans l'histoire du club. De même, en cas de titre cette année, Le Havre Athlétic Club obtiendrait le record absolu de titre en deuxième division, puisque ce serait le cinquième de son histoire.
Pour fêter dignement cette montée, mais rester dans l'esprit du blog, à savoir l'Histoire du Havre et des Havrais avant les bombardements de 1944, je suis allé rechercher des traces du glorieux passé du club doyen avant guerre.
La première montée du HAC dans l'élite du football professionnel eut lieu en 1938. Il y eut bien sûr plusieurs titres, y compris en première division, au début du XXème siècle, mais nous ne les prendrons pas en compte puisqu'à l'époque, on ne parlait pas de football professionnel, et seulement une dizaine d'équipes, lors des années fastes, se disputaient le titre. Le premier championnat de France professionnel fut disputer lors de la saison 1932-1933. Vingt équipes, réparties en deux groupes de dix se disputaient alors le titre suprême. Et, le HAC n'en faisait pas partie...
Comme dit précédemment, la première accession du HAC à la première division de football eut lieu au terme de la saison 1937-1938. Un peu comme cette année, le HAC s'adjugea la montée plusieurs journées avant la fin du championnat. Le titre fut obtenu en même temps, tant l'équipe du HAC survola ce championnat. A l'époque, on ne parlait pas encore de première et deuxième divison, encore moins de Ligue 1 et Ligue 2, mais d'une division nationale, et d'une division interrégionale.

Voici la Une du Petit Havre le vendredi 13 mai 1938, au lendemain de cette accession et de ce premier titre de Champion de France de ce qui deviendra la deuxième division...

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Excusez la piètre qualité de ce document, mais il est tiré d'un microfilm disponible aux Archives Municipales du Havre, mais photographié en positif, c'est-à-dire en blanc sur fond noir...

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Le HAC obtint le titre après une victoire 7 buts à 1 face à Caen, tout un symbole pour les passionnés de football aujourd'hui !


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Devant la difficulté à lire ces documents, je vous les ai retranscrits.

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Le Petit Havre - Vendredi 13 mai 1938

LA VIE SPORTIVE

Le H.A.C. est CHAMPION de FRANCE (division interrégionale)

Par 7 buts à 1, le H.A.C. a battu Caen.
Il est désormais sûr du titre et de l'accès en Division Nationale.

Quelle foule, hier soir, à la Cavée... 7.500 personnes pour le moins. 63.000 fr. de recette. Un succès inespéré pour un jeudi soir ! L'an dernier, au Havre, un dimanche, ce match n'avait pas réuni les deux tiers de cette somme.
Le H.A.C. a mis le point final à sa saison brillante, sans se soucier de ce qui lui reste à faire - et cependant, il entend terminer en beauté - il a assuré, voire affermi sa position de leader.
Battre Caen par 7 buts à 1, c'est un triomphe magistral, mais aussi inespéré pour ceux qui, comme nous, suivent de près les évolutions du club professionnel havrais.
Caen, nous n'avons aucune fausse honte à l'avouer, nous faisait peur... Pourquoi ?
Parce que, tout d'abord, ses dernières parties dans le Midi - contre Alès et Toulouse - avaient été nettement mieux réussies que celles du H.A.C.
Pourquoi ? Mais parce que Caen venait de passer 3 buts à 1 à Boulogne, alors que le club havrais avait dû baisser pavillon devant ces mêmes Boulonnais.
A ceux qui ont vu le match d'hier soir, nous citerons la première demi-heure du SM Caennais.
Le public qui retenait ses "[un mot]", commença à les déchaîner, lorsque au bout de la demi-heure, le HAC avait ouvert le score par Witta. Il laissa sa joie déborder lorsque ce même Witta tira superbement un coup franc quelques minutes avant la mi-temps.
Ces deux buts acquis, "on" respirait plus librement car ne riez pas, Caen nous avaient donné chaud. Le troisième but, hélas, devait lui donner le coup de grâce. Pour la suite, reportez-vous aux détails de la partie par notre collaborateur.

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Le H.A.C. a donc franchi de magistrale façon cette phase dangereuse que certains étaient [un mot] à redouter.
Le voilà désormais certain - quoique il arrive - de jouer en division nationale.
Le voici, et c'est un titre de gloire, qui doit faire plaisir à tous les sportifs du Havre, Champion de France de division interrégionale.
Que Colmar (le second actuellement) gagne tous ses matches - ce qui est loin d'être prouvé - il lui faudrait le faire par des marges catastrophiques. Le goal average du HAC lui permet quelques écarts (et il n'est pas dit que l'on va se laisser battre aussi aisément qu'on veut bien le dire), la réputation est là.
Le HAC donc est certain du titre. Bravo, c'est la grande consécration cette fois méritée. C'est le réveil officiel du vieux club havrais qui ne pouvait décidément rester dans l'ombre ! A nous maintenant d'être traités sur le même pied que les autres grands clubs !
- Et au lundi 6 juin, à la Cavée, pour les fêtes officielles... le couronnement !

LES EQUIPES

Godard
Caron                                Jan
Othmann                  Borecky                    Dertiax
Belhadj         Samek        Chloupeck         Guérin        Rodes


Waggi         Witta        Frigério         Nemeur        Leconte
Fiévet                  Powolny                    Cléron
Jasseron                                Rabia
Schlégel

LA PARTIE

Le premier quart d'heure fut à l'avantage du HAC mais la défense caennaise se surpassant, nos représentants ne purent traduire.
Par la suite, Caen se reprit et un bolide de Chloupeck fut sauvé après un plongeon de Schlégel.
Belle ouverture de Frigério à Waggi mais le shot de celui-ci est détourné en corner par Caron.
Le HAC repart. Frigério envoie à Leconte, démarqué. Ce dernier centre à Waggi qui renvoie à Witta et c'est le premier but pour le HAC à la 32ème minute.
Coup franc contre le HAC, sauvé par Schlégel après une belle parade.
Les équipes font jeu égal avec des alternatives d'avance et de recul.
A la 43ème minute, sur coup franc, Witta marque le deuxième but pour les Hacmen.
A la mi-temps : HAC : 2 - Caen : 0.

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En deuxième mi-temps, le HAC fait cavalier seul, Caen paraissant fatigué.
A la quatrième minute, Leconte, de l'aile, marque le troisième but, la balle frappant la barre montante rentre dans les filets.
Puis, à la seizième minute, sur loupé de Caron, Waggi qui a bien suivi centre. Leconte reprend et c'est le quatrième but.
Caen ne se décourage pas et le HAC doit concéder deux corners dont les visiteurs n'en tirent aucun profit.
Pourtant, à la 25ème minute, sur mauvais dégagement de Jasseron, Guérin sauve l'honneur pour Caen. Feu de paille !
Cinq minutes après, Frigério passe à Waggi, qui inscrit le cinquième point.
Sur corner Gougeu (?) marque d'un bel heading le sixième et vers la fin, Waggi augmente le score le portant à 7.
M. Lecesne, de Paris, assisté de MM. Bowley et Lamy, fut un arbitre quelque peu hésitant.

CONSIDERATIONS

A Caen, on avait mis en ligne les deux étrangers Samek et Chloupeck. Uzan - pas qualifé le jour du match - (il était suspendu lors de la rencontre prévue pour le 7 avril) avait dû être remplacé alors que [un nom] était indisponible. Caen tint fort bien pendant la première demi-heure et on pouvait craindre le pire. Le HAC, fort heureusement, prouva qu'il avait toujours deux "mi-temps" dans le "ventre".

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Belle partie de Schlégel, lequel pensons nous va nous rester. Rabia et Jasseron dominèrent de loin Caron et Jan. Enorme ligne de demis, où Powolny fit surtout très bien après la pause. Fiévet, parfait et Cléron fort utile. En avants, Frigério fit un grand match... Il ne fut pas heureux dans ses tirs, le grand centre avant, mais dans la presque totalité des buts marqués, il a eu son mot à dire. Waggi, Witta, Nemeur, Leconte, ont tous été d'une classe supérieure aux avants caennais.
Chez les visiteurs, Godard fut formidable de brio. Sans lui, on se demande qu'aurait pu être le score. Jan fit mieux que Caron qui ne durait qu'une demi-heure. Tout comme Borecky, qui ne fut que 'feu de paille'. Othmann fit une partie courageuse. Dertiax aussi, c'est tout. Belhadj, puis Guérin sont à signaler parmi les avants décidés, Rodes ne fut pas heureux. Samek et Chloupeck manient bien la balle, mais ne savent pas s'en servir devant les buts.


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Voici donc le compte-rendu qui parut dans la presse écrite, dans le Journal du Petit Havre, le lendemain de ce match, synonyme de titre et d'accession. On peut noter que cette année-là, le club doyen fut aussi demi-finaliste de la Coupe de France, éliminé après deux matches par le futur vainqueur : l'OM. Azéma, Bernardi, Black, Calours, Cléron, Fiévet, Frigério, Jasseron, Leconte, Nemeur, Powolny, Rabia, Schlégel, Vincent, Waggi, Witta furent de cette épopée.
Lucien Jasseron, capitaine de cette équipe, participera cette même année 1938 à la Coupe du Monde qui eut lieu en France, accompagné de César Powolny. Plus tard, il deviendra entraîneur du HAC. C'est lui qui était à la tête de l'équipe du HAC, victorieuse de la Coupe de France en 1959 face à Sochaux, dans le Stade Yves du Manoir de Colombes. Villenave, Hassouna, Lagadec, Salzborn, Eloy, Meyer, Strappe, Ferrari, Navarro, Bouchache, N'Doumbé et Saunier furent de cette partie.

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Cette année 1959 fut aussi synonyme de montée puisque cette année-là, le HAC était pensionnaire de deuxième division. C'est d'ailleurs à ce jour, le seul club qui n'appartenait pas à l'élite du football professionnel à avoir brandi le célèbre trophée.

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Quoiqu'il en soit, je tenais par ce billet à rendre hommage à travers leurs glorieux aînés à tous les joueurs actuels du HAC, à Jean-Marc Nobilo, au Président Louvel, à tout le staff administratif, technique et médical pour ces moments de joie qu'il nous ont procurés cette année. Espérons qu'ils continuent ainsi, obtiennent d'ici quelques semaines ce titre tant convoité de champion de France de Ligue 2, et que ce plaisir dure encore un peu l'an prochain...

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4ème rang : Franck SALE (recrutement) - Alain OLIO (Directeur de la Formation) - Sarah LACROIX (Kiné) - Jean-Christophe AUFFRET (Médecin) - Thomas PAVILLION (Prép physique) - Nicolas DEHON (Entr gardiens) - Patrice MONTHEIL (Entr adj) - Johann LOUVEL (Entr adj) - Vincent MARIE (Kiné) - / - Serge MARIE (Coordinateur sportif) - Bernard PASCUAL (recrutement)

3ème rang : Ali Allaoui ISSILAM - Loic NESTOR - Maxime BACA - Albert MILAMBO MUTAMBA - Benjamin LAURANT - Mike VANHAMEL - Christophe REVAULT - Olivier BLONDEL - Johny PLACIDE - Jérémy HENIN - Mahamdou CISSE - Selim BOUADLA - Mohamed YOUSSOUF

2ème rang : Ande DONA NDHO - Guillaume HOARAU - Valéry MEZAGUE - Adama SOUAMRE - Nikola NIKEZIC - Alain BELSOEUR (directeur gen.) Jean-Marc NOBILO (Entraineur) - Michel DEHAN (prép mental) - Cheikh Oumar DABO - Kevin FRANQUEVILLE - Jean-Armel KANA-BIYIK - Joao CARDEIRO - Abdellah KHARBOUCHI - Amadou ALASSANE

1er rang (assis) : Hassane ALLA - Jean-Pascal FONTAINE - Abasse BA - Olivier DAVIDAS - Nicolas GILLET - Luis GARCIA (Pdt de l'Association) - Jean-Pierre LOUVEL (Président) - Noel MARIE (Pdt du Conseil de surveillance) - Jamel AIT BEN IDIR - Damien TIXIER - Benjamin POLICE - Mamdou CAMARA - Kevin ANIN

Absent de la photo : Jean-Michel LESAGE

Les photographies de cet article sont extraites du microfilm Le Petit Havre (période mai-juin 1938) consultable aux Archives Municipales du Havre.

Le pêle-mêle, la photographie de l'effectif professionnel de la saison 2007-2008 et la photographie de la montée 2008 sont extraits du site officiel du Havre Athletic Club, consultable à cette adresse : Site officiel du HAC. Elles sont l'oeuvre d'Emmanuel Lelaidier.

La photographie couleur de l'équipe du HAC victorieuse de la Coupe de France 1959 est extraite du site http://www.pari-et-gagne.com


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05 avril 2008

Fête de la Scie

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Ce week-end a lieu la Fête de la Scie à Harfleur. Vous pourrez en télécharger le programme en cliquant sur ce lien. Toutefois, cette fête ne date pas d'hier. Voici la description faite de ces jours festifs trouvée dans un ouvrage sur Le Havre, publiée en 1825. L'orthographe d'époque a été conservée.

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La Scie d'Harfleur

Le dernier jour du carnaval est un de ceux de l'année où le Hâvre présente l'aspect le plus riant. Alors la rue de Paris et celle des Drapiers sont remplies d'une affluence considérable de promeneurs. La circulation en est si rapide, la foule si grande, qu'on ne parcourt ces rues que très difficilement. Celui qui ne seroit pas dans la confidence du motif d'une semblable réunion, pourroit trouver singulier que, pour voir quelques masques de très mauvais goût qui vont et viennent parmi les passans, on montrât un tel empressement.
Les entretiens particuliers annoncent que le peuple est dans l'attente d'un événement agréable.
Les groupes se composent de gens de toutes les conditions, de paysans dont quelques-uns sont revêtus de costumes nationaux, d'habitans des villes voisines, d'étrangers. Les fenêtres sont garnies de spectateurs ; chacun est en habit de fête ; les physionomies expriment le plaisir, et la démarche, un désir inquiet de voir réaliser l'objet de son espoir.
Cependant un bruit a circulé et il a répandu la joie ; la foule s'est portée en tumulte vers la porte d'Ingouville. "C'est la scie d'Harfleur !", s'écrie-t-on de toutes parts. La porte de la ville est fermée. Un officier, suivi de la garde, vient reconnoître : au qui vive ? on répond : folie d'Harfleur. Immédiatement la porte est ouverte, et on laisse entrer des masques à pied, à cheval ou montés sur des ânes. Leur costume a de l'originalité et une sorte de bigarrure qui fait beaucoup rire. Ils sont précédés de coureurs, suivis de tambours, de trompettes, d'instrumens. On aperçoit, pour derniers masques, deux hommes costumés d'une manière bizarre, qui portent en triomphe une scie bariolée de rubans ; à côté de ces derniers est un troisième qui tient une espèce de sceptre aussi orné de rubans qu'on appelle bâton friseux.
Cette mascarade se dirige chez le maire de la ville, le commandant de la place et les principales autorités. Dans chacune de ses visites elle chante une chanson de circonstance, donne la scie à baiser et se retire après avoir pris quelques rafraîchissemens ; puis elle retourne à Harfleur avec la même pompe.
Avant la révolution on voyoit concourir, à ce divertissement de carnaval, des jeunes gens d'une classe aisée ; maintenant il n'est composé que d'artisans. Les années, en passant, apportent toujours avec elles quelques changemens.
Les antiquaires, les savans, les érudits, les hommes du monde, se sont occupés de rechercher l'origine de cette fête populaire. Plusieurs écrits ont été publiés à ce sujet. Les uns y ont vu un reste de féodalité ; les autres, un divertissement dont la source fut un acte de reconnoissance envers un homme auquel Harfleur dut son salut ; d'autres enfin, une de ces fêtes produites par le désir de s'amuser et que le charme du souvenir perpétue. Ces derniers n'ont pas été embarassés d'expliquer pourquoi la cie, qui existe dans les armes de la maison de Cossé-Brissac, dont un des membres a été gouverneur d'Harfleur, se trouve portée solennellement pendant cette singulière cérémonie.

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Malheureusement, la fin de cet article était illisible. Toutefois, ce texte permet de mesurer l'engouement qui entourait cette fête en 1825, et le ressenti que l'on en avait au Havre. Aujourd'hui, cette fête a encore évolué, mais l'essentiel est bien qu'on la perpétue encore...

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29 mars 2008

Le massacre des frères Raoulin (suite)

Il y a une quinzaine de jour, dans un billet paru le 16 mars 2008, j'ai évoqué le destin tragique des frères Raoulin, massacrés en 1599 devant le Logis du Roy. Depuis, j'ai retrouvé un article écrit à propos de cette affaire, dans Esprit du Havre et ses aspects depuis ses origines, ouvrage publié par Julien Guillemard en 1951. Je vous livre l'essentiel du texte.

C'est un épisode mystérieux de l'histoire du Havre, et qui illustre bien son époque, cet assassinat de trois officiers frères de sang. Leur nom : Raoulin, sous lequel la postérité les connaît, était ainsi orthographié dans le testament de leur père, alors que celui-ci, prénommé Robert, y était dit Raullin, avec une ou deux l ; prononciation différente de l'u, peut-être. Ecuyer du roi, il était avocat au Parlement de Rouen et exerçait au Havre, où il habitait.

Tous les historiens du Havre, mais surtout V. Toussaint, avocat, dans sa brochure de 1859, ont relaté ce tragique événement de la vie havraise.

Le 16 mars 1599, trois heures après midi, les trois frères pénétraient dans l'Hôtel de Ville (ex-Logis du Roy) où ils avaient été mandés par le capitaine Goujon, lieutenant du gouverneur Georges Brancas de Villars. Que fut-il dit ? Personne ne le sait exactement. On croit qu'ils comparurent devant un tribunal où siégeaient le gouverneur et son lieutenant entourés par les officiers de la place ; des gardes formant la haie dans la grande salle d'apparat où cette scène se déroulait. On croit que le gouverneur et son lieutenant durent les réprimander fort violemment, et l'on sait qu'ils étaient beaux, élégants, et fiers, et braves. V. Toussaint ne parle que de Goujon, alors que Borély cite aussi Brancas. Certainement, ils étaient d'accord pour faire disparaître les trois frères.

Vint le moment où le capitaine Goujon donna ordre aux gardes de les emmener immédiatement pour les emprisonner dans la Tour, toute proche, comme de vulgaires soldats ivrognes ou des pirates. Ils s'indignèrent, firent valoir qu'ils étaient gentilhommes, et s'efforcèrent d'échapper aux gardes portant cuirasse chargés de les arrêter. Assaillis à coup d'épées et de hallebardes, ils tirèrent eux aussi leur arme et se défendirent courageusement avec leur épée. Mais bientôt percés de coups et ruisselants de leur sang, succombant sous le nombre, ils furent massacrés lâchement, deux dans cette grande salle des assemblées, l'autre près d'une fenêtre donnant sur la cour par où il tentait de fuir et où son vêtement fut accroché par un clou.

La tradition rapporte qu'il fut impossible de nettoyer à fond le pavé, tant il s'était imprégné de leur sang. A la nuit, leurs corps furent transportés secrètement dans l'église Notre-Dame et inhumés en la chapelle Saint-Sébastien, près de la dépouille de leur mère, née Le Thiais. Le lendemain, on fit répandre le bruit qu'ils étaient coupables envers le roi, et ce fut tout. Monsieur le gouverneur Georges Brancas, marquis de Villars (successeur de son frère André), satisfait de sa basse vengeance, crut l'affaire enterrée avec ses victimes, persuadé que cette effroyable boucherie inspirerait la terreur et ferait taire les langues.

Quelle fut la raison de cet ignoble assassinat ? On ne le sait. On a supposé une intrigue amoureuse entre Pierre Raoulin et madame de Villars, soeur de Gabrielle d'Estrées et peut-être moins encore recommandable. On a parlé d'une rancune du gouverneur contre le père des Raoulin, avocat ayant refusé de plaider pour lui une cause qu'il jugeait mauvaise. Goujou, leur tortionnaire, homme détesté par la population alors que les trois frères ne trouvaient que sympathie par la ville, les haïssait. Il doit aussi être tenu compte de l'état d'esprit du moment, où la Réforme, puis la Ligue, avaient dressé tant de Français les uns contre les autres, en dernier lieu contre le Béarnais (Henri IV) à présent le maître et Brancas son disciple. Les trois frères avaient encore l'esprit ligueur, peut-être. Dans son manuscrit, Leveziel dit que : "La tradition de la ville est qu'ils furent mandés pour l'estime que tous les Bourgeois faisaient de leurs personnes, ou parce qu'ils le portaient trop haut, ce qui avait donné de la jalousie au gouverneur."

L'affaire vint devant le Parlement de Normandie, qui délégua deux magistrats auxquels le gouverneur refusa l'entrée de la ville. Sur l'ordre du roi, ils y revinrent, avec un huissier qui fit constat que, malgré les sommations, et les clameurs des habitants demandant justice, la porte resta fermée pour eux. Une nouvelle fois, sur un ordre encore plus formel du roi, les deux conseillers-commissionnaires reprirent le route du Havre, accompagnés par le procureur général, un notaire secrétaire, un huissier, et des valets armés. Comme ils sortaient d'Harfleur, un capitaine leur remit une lettre du gouverneur, prétendu absent, leur signifiant que sans une commission signée du roi, et portant le sceau royal, ils n'entreraient pas au Hâvre-de-Grâce. Ils passèrent outre, mais lorsqu'ils arrivèrent en vue de la porte d'Ingouville, à toutes les portes de la ville les ponts-levis furent dressés. Des pourparlers s'engagèrent. Goujon, demandé, fit savoir qu'il était malade à la porte du Perrey. Rapidement, les hommes du petit groupe gagnèrent cet endroit et, par surprise, y trouvèrent Goujon. Après des explications très vives, ils durent s'en retourner sans avoir pu entrer, furieux de ce déplacement inutile.

Brancas de Villars, courtisan astucieux, était auprès du roi lorsque la nouvelle de cette espèce d'insubordination parvint à la Cour. En termes très nets, il lui fut enjoint d'aller mettre l'ordre dans sa ville. Une quatrième fois, les commissaires prirent la route. Cette fois, ils purent entrer dans la place et y enquêter, mais Goujon était en fuite. A peine les magistrats étaient-ils repartis que le sinistre capitaine assassin reparut, couvert par son chef Villars, dont il avait sans doute fait exécuter les ordres. Ce fut à la grande indignation de la population, exaspérée d'être obligée de vivre "sous le commandement de pareils assassins."

En définitive, lorsque l'affaire fut présentée, enfin, devant le Parlement de Normandie, Goujon, seul mis en cause, fut absous, tant pour le triple assassinat que pour sa rebellion... Heureusement que pour les victimes des coquins de cet acabit, il existe une autre justice qui a un nom : la Postérité. Mais qui sait si Brancas, lui-même, n'avait pas agi par suggestion...

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16 mars 2008

Le massacre des frères Raoulin

Il y a 409 ans, le mardi 16 mars 1599, trois frères, les frères Raoulin, officiers de l'armée, étaient mis à mort devant le Logis du Roy.

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Cet événement qu'on qualifierait aujourd'hui d'affaire Raoulin fut pour Le Havre le dernier douloureux épisode des discordes sanglantes au cours desquelles la ville jouera les rôles les plus opposés dans la seconde moitié du XVIème siècle.

Pour mieux comprendre cette affaire, il convient de se remettre dans le contexte de l'époque où depuis quarante ans, des conflits religieux opposent en France catholiques et protestants. A ces troubles religieux se superposent des affrontements politiques pour conquérir un pouvoir royal affaibli. Henri II est mort accidentellement en 1559 et sa descendance est trop jeune pour régner. Finalement, tout se 'tasse' en 1598 lorsque Henri IV, fraîchement converti au catholiscisme, propose son édit de Nantes, qui vise à la pacification du conflit.

Seulement, si cet édit de pacification, acte d'une politique habile, est accueilli favorablement dans tout le royaume, il trouva des résistances dans le Parlement de Rouen. Les magistrats normands, obstinés, processifs et méticuleux, ne pouvaient pas admettre que le roi reconnût aux huguenots l'accessibilité à tous les emplois. Ils entretinrent ainsi les défiances et le malaise ambiant. Des moines fanatiques et des prêtres imprudents excitèrent alors la populace au Havre. Les protestants furent insultés, de là des collisions sanglantes. Georges Brancas, duc de Villars, marquis de Graville, et chevalier d'Oise, est à ce moment gouverneur de la ville. Il entreprit de réprimer ces désordres à main armée, et il y parvint promptement. C'est à ce moment que se passa l'affaire Raoulin.

Ces trois frères, officiers dans l'armée, fils d'un avocat estimé et populaire de la ville, Claude Raoulin, appelés chez le gouverneur, y furent mis à mort le 16 mars 1599.

On ne sait pas trop la raison de ce triple meurtre, véritable massacre sur la place publique...

La version qui domine, c'est que ces jeunes gens auraient été sacrifiés au courroux d'un mari trompé, mais rien n'est moins certain.

L'enquête ouverte ne fournit pas cette preuve. Ce qu'on peut affirmer, c'est que ces jeunes gens étaient restés ligueurs, qu'ils jouissaient d'une grande popularité, et que cette popularité offusquait le gouverneur et peut-être les magistrats de la ville. Les ligueurs offraient dans leur grande majorité une résistance acharnée à Henri IV, roi légitime, mais jugé huguenot. Ils lui préféraient son oncle, le cardinal Charles de Bourbon, considérant leur roi comme hérétique.

Quoi qu'il en soit, quel qu'ait été leur rôle, gouverneur et magistrats ne furent sans doute pas fâchés de se voir débarassés de gens qui pouvaient créer de réels périls dans la cité.

Il n'y eut que l'église qui protesta : elle considéra les Raoulin comme des martyrs de sa propre cause et les enterra à Notre-Dame où l'on voit leur épitaphe.

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Si cette mort, enveloppée de mystères, fut promptement entourée d'une légende qui fait apparaître ces trois jeunes officiers comme des victimes intéressantes que la trahison a livré à leurs assassins, on est néanmoins autorisé à croire qu'ils comparurent en accusés devant un tribunal.

Après cet événement, comme dit plus haut, les conflits religieux disparurent quelque peu au Havre. La liberté relative des cultes, résultat d'une lutte de 30 ans, fut subie plutôt qu'acceptée : les calvinistes n'eurent pas la France protestante qu'ils avaient rêvée, et les catholiques ne virent pas disparaître le protestantisme qu'ils voulaient supprimer.

Source : Histoire populaire de la ville du Havre, T. Garsault, 1893.

Voir aussi cet article : le massacre des frères Raoulin (suite).

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07 mars 2008

Un président à Sanvic ? (suite)

Il y a deux jours, j'ai évoqué le carrefour des rues Sadi Carnot et Romain Rolland à propos de la visite du Président René Coty dans le quartier le 24 juin 1954.

Voici ce même carrefour aujourd'hui, avec un petit jeu que j'affectionne... le avant, après.

Le Café des Témoins...

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La rue Gambetta (Romain Rolland) vers l'église...

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La boucherie...

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La rue Sadi Carnot vers la rue de la Cavée Verte...

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Comme on peut le voir, même si les bâtisses sont toujours là, les commerces ont tous disparu, à part la boulangerie. Si Sanvic a pendant longtemps gardé son côté 'petit village dans la ville', j'ai bien peur qu'il ne soit en train de le perdre définitivement...

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05 mars 2008

Un président à Sanvic ?

Aujourd'hui, changement de quartier, mais aussi changement d'époque, puisque les photographies que je publie datent de l'après-guerre...
Elles ont été envoyées par Sophie Gréaume sur le forum du GGHSM avec cette interrogation : à quelle occasion ont-elles été prises et où ? Elles sont reproduites avec son autorisation.

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Pour le lieu, il s'agit sans aucun doute possible du croisement des rues Romain Rolland et Sadi-Carnot. Le témoignage de Philippe Bénard, un 'ancien' du quartier nous est d'une aide précieuse. Le café des Témoins se situait à Sanvic et était ainsi nommé à cause des nombreux accidents qui se produisaient juste devant, avant la mise en place de feux tricolores. Il fut fermé il y a quelques années, tout comme la boucherie qui lui faisait face, dans le coin opposé.

Cette boucherie faisait figure de commerce très ancien dans le quartier.

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La voici en 1920.

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Sur la photographie suivante, on la retrouve au premier plan, sur la gauche de la rue. Tout au fond, on se dirige vers Bayonvilliers en suivant la deuxième partie, très étroite, de la rue Romain Rolland. Avant guerre, cette rue s'appelait la rue Gambetta. En tournant à gauche, on empruntait la rue Sadi Carnot vers la mairie de Sanvic. C'est cette direction que suit la grosse voiture noire sur la deuxième photo, au début de l'article, le Café des Témoins se trouvant en lieu et place du café débit Paul Vatinel de cette photo prise vers 1910.

Sur la quatrième photo, cette même voiture redescend la rue Sadi Carnot en direction de la Cavée Verte.

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Une vue sensiblement identique à celle présentée sur la photo ci-dessus devait s'offrir à l'homme en noir (dont on distingue mal les traits), debout à l'arrière de la berline. A gauche, on reconnaît le café débit Vatinel, futur Café des Témoins. A l'angle opposé, la charcuterie Raymond Grouard. La boucherie évoquée plus haut se trouve au premier plan à droite. Cette vue date de 1912.

Cependant, si l'endroit est identifié avec certitude, reste à trouver à quelle occasion ont été prises ces photographies.

Sans vouloir être trop affirmatif, il semble bien qu'il s'agisse de la première visite officielle que le nouveau Président Coty fait à sa ville natale du Havre, le 26 juin 1954. Au cours de cette visite, René Coty dévoilera aussi le médaillon du quai Hermann-du-Pasquier et posera la première pierre de la nouvelle Chambre de Commerce (l'actuel Casino).

Il y a quelques temps, l'ami Geo avait fait un reportage sur cette visite du Président Coty au Havre. Il y publiait notamment la photographie suivante.

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On constate que la voiture est la même que sur les photographies de Sophie Gréaume, que le costume est sensiblement identique aussi. D'ailleurs, il n'est pas improbable que cette photographie ait aussi été prise à Sanvic.

Toujours dans le sens d'une visite officielle du président de la République, on peut noter tous les drapeaux sortis dans les rues, les paneaux 'RF' et tous les petits placards bleu-blanc-rouge collés sur les vitrines des magasins...

Si vous, lecteurs, avaient d'autres éléments à apporter, n'hésitez pas. Philippe Bénard me disait reconnaître quelques visages qu'il n'arrivait cependant pas à nommer. De la même façon, si vous avez des témoignages sur cet événement, ou si vous reconnaissez quelqu'un sur les photographies, n'hésitez pas là aussi à partager votre témoignage en laissant un petit mot dans les commentaires...

Pour finir, restait à savoir de quel endroit précis avait été prises ces photographies.

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Je pense qu'il s'agit de la fenêtre du premier étage de cette maison, d'où nous regardent il y a presque un siècle ces deux jeunes femmes. On reconnaît la devanture de la boucherie Boulen à droite de la photo. Derrière nos poseurs qui paraissent bien endimanchés, se trouve la rue Gambetta (rue Romain Rolland actuelle) qui file en direction de l'église de Sanvic. Cette carte postale date de 1913.

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La même vue en 1935.

Toutes les photographies autres que celles de Sophie Gréaume et Geo sont extraites de l'ouvrage 'Sanvic 1900-1955' de Michel Le Meur, Fabrice Richer et Pascal Valinducq, paru en 2002.

Posté par Patardam à 22:37 - Les événements marquants - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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