15 avril 2008
La première Place de la Bourse
Si l'étranger qui vient visiter le Hâvre arrive par un des passagers sur la place de la Bourse, la ville lui apparoît sous un point de vue fort agréable. Devant lui est le vieil hôtel-de-ville, ancienne demeure des souverains qui venoient en cette cité ; à sa droite, le port rempli de bâtimens de toutes les formes et de toutes les grandeurs ; à l'extrêmité du grand quai, la douane, dont l'Etat tire des produits très considérables ; au-delà, le bassin de la barre et l'entrée du quartier militaire ; du côté opposé, la Bourse, plus remarquable par l'importance des affaires qui s'y font, que par sa construction ; non loin de lui, la tour de François Ier ; en face, la rue de Paris, au bout de laquelle se découvre le riant côteau d'Ingouville.
La place de la Bourse présente des scènes d'une extrême variété et toujours intéressantes. On y voit paroître alternativement des gens de ton et de profession très opposés ; souvent, en même temps, des négocians, des marins, des employés aux douanes, des marchands Bas-Normands ; enfin, un assemblage d'une telle bizarrerie qu'on le chercheroit vainement ailleurs. Ces contrastes fort amusans pour l'observateur, lui font faire des rapprochemens très singuliers. A chaque marée, les productions des deux rives de la Seine s'échangent sur cette même place.
Dans les longues soirées d'hiver, le vent y apporte quelquefois, à l'oreille du passant, les sons confus de la voix rauque des marins, mêlés au bruissement d'une mer tempétueuse ; ce bruit a quelque chose de sinistre qui fait naître de sombres pensées ; mais, au milieu des belles nuits d'été, le même lieu retentit de refrains d'amour. La place est alors couverte de marins et de jeunes filles, qui forment des rondes en répétant les vieilles chansonnettes de leurs aïeux. Dans les réjouissances publiques on y élève un orchestre, et des hommes occupés toute l'année de pénibles travaux, y cherchent une distraction nécessaire à leurs fatigues. Les danseurs sont environnés de parens et d'amis qui, pendant qu'on se livre au plaisir, racontent à leurs voisins les beaux spectacles qu'ils virent, les fêtes qu'ils partagèrent. Le souvenir des joies du jeune âge est infiniment doux ; on aime à se rappeler que, dans cette vie passagère, il fut quelques instans de félicité : ces pensées de bonheur procurent à l'âme une satisfaction inexprimable.
Quand le Hâvre reçoit un de nos princes, c'est encore là qu'on élève des obélisques pour célébrer son arrivée.
Jadis, la fontaine de cette place étoit surmontée de la statue pédestre de Louis XIV : elle fut détruite pendant la révolution.
Sur un banc posé près de l'entrée de la tour, s'asseyent les pilotes. Ce sont pour la plupart de vieux marins qui ont beaucoup vu, beaucoup retenu, et peuvent, par conséquent, faire des récits longs et variés. Ils se racontent entre eux des faits divers avec une originalité très piquante. Ils semblent, tant ils mettent de vérité dans leur accent, que la chose se soit passée récemment.
Ce texte est extrait d'une description du Havre publiée en 1825. L'orthographe d'époque a été conservée.
La deuxième illustration est extraite de l'ouvrage de Jean Legoy, Le Peuple du Havre et son histoire - volume 2 - Du négoce à l'industrie 1800-1914. Elle représente l'entrée du port et la place des Pilotes vers 1820. On y découvre au fond le logis du Roy, édifice sur lequel je ferai un billet dans les prochains jours. C'est une gravure anglaise, oeuvre de Gendall et Sutherland. (Collection Legoy)
14 avril 2008
Les noms des rues et de la ville
Les principales rues dans le premier siècle qui suivit la fondation du Havre étaient les rues de Sainte-Adresse, (devenue rue d'Estimauville), de Saint-Michel (devenue rue de Paris) et la rue Françoise (devenue rue de la Gaffe).
On peut reconnaître parmi les voies d'avant guerre beaucoup de rues d'alors qui aboutissaient aux bassins. Ce fut l'ingénieur Bellamarto qui fut chargé de tracer les rues au nord de la rue de la Halle et de la place du Vieux-Marché, ainsi que celles du quartier Saint-François. Pour la salubrité de la ville, il voulait établir un système d'égouts destinés à amener dans le port les immondices des grandes rues. Dans la pensée de l'ingénieur, derrière les artères principales devaient être aménagées, à cet effet, de petites rues qui n'étaient pas destinées à être habitées. C'est ce qui expliquerait l'existence des rues étroites du Petit-Croissant, d'Edreville, Saint-Pierre, parallèles aux grandes rues Faidherbe, Dauphine et de Paris.
Les noms des rues du Havre ont diverses origines. Quelques-uns viennent des enseignes des maisons, alors que les rues n'étaient pas numérotées. D'autres prirent le nom des habitants, telle la rue d'Estimauville. Beaucoup proviennent de leur disposition ou de leur situation. Exemples : la rue Saint-Michel, qui menait à l'église paroissiale d'Ingouville ; la rue de Sainte-Adresse qui, prolongée, menait au village du même nom ; la rue du Pont-des-Barres, qui conduisait au pont du même nom ; la rue Notre-Dame, qui longeait l'église Notre-Dame ; la rue Françoise ainsi appelée du nom du fondateur de la ville ; les rues Saint-Eloi, Saint-Julien; Saint-Martin, du nom des Saints.
Les noms de ces rues ont varié au XVIIème siècle et surtout pendant la Révolution. La rue d'Estimauville fut un moment la rue du Chat qui danse. La rue Saint-Michel est devenue la rue de Paris, la rue du Pont des Barres fut appelée la rue des Drapiers, etc.
De son côté, le nom même de la ville fluctua les premières décennies de son existence. Le nom de ville Françoise paraît pour la première fois, dans un document officiel en 1530. Le roi écrit : "Notre ville Françoise de Grâce que nous avons fait bâtir et édifier et à laquelle nous avons donné notre nom en perpétuelle mémoire de nous". Jusque-là, on avait employé les expressions : lieu de Grasse, port de Grasse ou Grâce. Le nom de Havre (qui veut aussi dire 'port' dans le sens de refuge) seul est resté. Un 'havn' dans les langues scandinaves est un 'port', un 'refuge'. On retrouve d'ailleurs ce mot en anglais dans des villes comme Newhaven.
18 mars 2008
Le Boulevard maritime
Depuis hier, les restaurateurs de la plage ont réouverts leurs portes, et ce, jusqu'au 30 septembre 2008, date à laquelle ils démonteront les murs de leurs établissements pour l'hiver. Cependant, il faut bien se rendre compte que le front de mer ne fut pas toujours tel que nous le connaissons aujourd'hui...
Il fallut bien des travaux pour l'aménager et au fil du temps, en faire ce qu'il est devenu.
Les deux photos suivantes montrent le début des travaux, aux alentours de l'année 1887.
On peut constater la présence des épis qui empêchent le littoral de s'effriter. Petite anecdote : dans les années 1840, Charles-Alexandre Lesueur étudia particulièrement le rôle de ces épis et alerta la municipalité d'alors sur la nécessité de les entretenir correctement, sans quoi, le port serait vite en danger. Aujourd'hui, ils existent toujours, on les entretient régulièrement, les remplaçant quand c'est nécessaire...
Le terre-plein central du Boulevard maritime ne sera construit qu'en 1895.
15 mars 2008
La rue des Remparts (encore...)
J'aime particulièrement cette photographie de la rue des Remparts, réalisée par Angelo Maria Alessia Caccia, extraite du livre de Christian Zarifian 'Le Havre, Photos d'identité', et ce, pour plusieurs raisons.
1. Elle est tout simplement belle, et elle présente une rue animée, complètement irréelle et inimaginable dans la ville d'aujourd'hui. La photographie date des années 1870.
2. Elle met en évidence la difficulté de situer des lieux lorsqu'aucune personne vivante ne peut témoigner de la réalité d'alors.
Effectivement, comment situer un lieu lorsqu'aucun élément extérieur (note sur la photo, plaque indiquant le nom de la rue visible, numéro d'une maison visible...) ne nous apporte de renseignement ? C'est notamment le cas de cette photo... Du coup, elle est source d'erreurs, même si dans le cas présent, elle m'a plutôt permis d'en relever deux.
La première, elle est commise par Christian Zarifian lui-même, qui indique en légende de cette photo : "La rue de la Hache et la rue des Remparts - vers 1870". Or, si l'on consulte un plan du Havre de cette époque, on constate qu'il ne peut s'agir de la rue de la Hache.
En effet, il n'existait aucune rue entre la rue de la Hache (qui se situerait à droite sur la photo) et le croisement du bout de la rue, qui formait une sorte de fourche. Or, sur la photo, on voit clairement grâce au caniveau qu'il y a au moins une rue après cette rue de droite. Conclusion : il ne peut s'agir de la rue de la Hache, mais plutôt de la rue Martonne, comme le laisse à supposer une autre photo que j'ai déjà utilisée, et où l'on reconnaît notre vieille maison de droite, mais surtout où l'on a mention du nom des rues sur la photo même.
La seconde erreur, c'est moi qui l'ai commise dans un précédent billet sur la rue des Remparts. J'avais situé la photo suivante à l'embranchement de la rue des Remparts et de la rue Guillaumes de Marceilles.
Or, on découvre que cette maison apparaît aussi en arrière-plan sur notre photo de départ. J'en déduis donc qu'il ne peut s'agir du croisement entre la rue des Remparts et la rue Guillaume de Marceilles, mais plutôt de l'embranchement entre la rue des Remparts et la rue Jean Gruchet (la rue des Viviers prolongée). Il conviendrait donc de lire à la fin de mon billet du 18 janvier 2008, "en prenant par la rue Jean Gruchet en direction de la Place de la Gendarmerie".
"L'histoire est une suite de mensonges sur lesquels on est d'accord" disait Napoléon Ier. Tant qu'à en voir un, autant le corriger...
En tout cas, en voici deux de corrigés grâce à cette seule photo, mais qui sait si demain un autre document invalidera ce que j'ai écrit aujourd'hui ?
06 mars 2008
Le carrefour Cronstadt
Lorsqu'on évoque Le Havre d'avant-guerre, on pense aussitôt, au-delà des milliers de victimes, à toute cette ville bombardée et à ce patrimoine à jamais disparu...
Pourtant, comme je l'ai déjà évoqué à plusieurs reprises sur ce blog, on ne peut savoir quel aspect aurait la ville aujourd'hui sans ces bombardements.
En effet, parfois, la ville s'est trouvée grandement modifiée, uniquement pour des raisons urbanistiques...
En témoigne le carrefour Cronstadt à Sanvic, à hauteur de la dite rue Cronstadt et de la rue de la Cavée Verte.
La vision que l'on peut avoir de ce carrefour aujourd'hui n'a plus grand chose à voir avec ce même carrefour au début du siècle...
Le bureau de l'Octroi Bégouen a disparu au profit de la rue de la Cavée Verte qui s'est considérablement élargie.
La graineterie 'A la Roseraie' de Monsieur Bazin a disparu. C'est à cet endroit que fut tracée et percée la rue Roger Salengro qui permettait de relier directement la rue Cronstadt à la Sous-Brotonne. Pour cela, on perça aussi la rue Louis Siefridt, il y a une quinzaine d'années... A chaque fois, il fallut abattre quelques maisons, aligner d'autres terrains... déformant ainsi le paysage urbain hérité du XIXème siècle.
Cependant, il reste quand même quelques survivantes, qui ont su traverser les époques, sans éviter parfois un petit relooking somme toute fort agréable, même si les briques rouge et ocre des maisons sanvicaises avaient un cachet certain...
29 février 2008
La rue Thiers et le quartier (suite)
Il y a quelques jours, nous avons déjà évoqué ce sujet dans un billet qui donnait surtout des informations historiques. Aujourd'hui, place à la photographie avec cette petite série de cartes postales de la rue Thiers et de son quartier.
Vraiment le début du quartier Thiers. On aperçoit le clocher majestueux de l'église Saint-Michel et à sa droite, deux bâtiments de l'hôpital Flaubert encore debout aujourd'hui. Ils le resteront même après le départ de la maternité sur l'hôpital Jacques-Monod d'ici 2009 car ils sont classés.
Sur le trottoir gauche de la rue, on reconnaît la façade imposante du magasin BOKA (à sa place aujourd'hui, se trouve le magasin EURODIF). Juste à côté, deux petites boutiques qui ne paient pas de mine et pourtant... il s'agit de celle du chapelier Lefrançois. C'est à cet endroit que s'installera le chapelier CODET en 1912, boutique dont le nom existe toujours rue Thiers (je ne sais pas s'il s'agit de descendants ou si le nom a été racheté). A sa droite, on peut noter que la façade de la confiserie est en cours de réfection. Un peu plus loin, on trouve une belle bâtisse sur laquelle il est écrit 'A l'Orpheline'.
Enfin, tout au fond, on distingue l'entrée du magasin FRANCE MODE qui deviendra plus tard PRISUNIC.
On arrive à la seconde partie de la rue Thiers, au carrefour de la place Thiers. A gauche, on monte par la rue de Montivilliers (actuelle rue d'Ingouville) sur les hauteurs de la côte, et tout droit, on prend la rue Thiers en direction du Rond-Point. Juste à gauche de la carte postale, se trouve l'Hôtel du Bras d'or. C'est ici que s'installera le grand cinéma REX, puis plus tard le magasin DARTY. En face se trouve le célèbre magasin 'A la Boule d'Or' (que l'on distingue en façade), magasin qui deviendra le PRINTEMPS.
Dernière carte postale. On arrive à l'ancienne place du Champ de Foire. A droite se trouvent plusieurs petits magasins comme 'Au Porte-Bonheur', ou 'Au Myosotis'. A l'angle de la rue Maréchal Galliéni se trouve la grande pharmacie Thiers, dont l'immeuble est encore visible aujourd'hui.
25 février 2008
La rue Thiers et le quartier
Encore une photographie empruntée à l'ami Pierre Bruger du forum du GGHSM qui nous présente le début de la rue Thiers. Sur celle-ci, on distingue sans peine le clocher majestueux de l'église Saint-Michel, hélas disparu lors des bombardements de septembre 1944. Le clocher incendié, l'église en grande partie détruite (il ne restait plus que quelques piliers et des arcades au sortir de la guerre), on procédera ensuite à sa destruction et à la construction de l'église que nous connaissons de nos jours. On aperçoit la côte en arrière-plan, beaucoup moins peuplée qu'aujourd'hui...
Cette partie de la rue menait de la place du nouvel Hôtel de Ville à la rue de Montivilliers (actuelle rue d'Ingouville). Elle fut longtemps la promenade des gens à la mode, comme en témoignent les nombreuses enseignes des magasins d'habillement.
A la hauteur du tramway, hors champ, sur la droite, se trouve la Banque de France encore debout aujourd'hui. Celle-ci s'installa rue Thiers le 22 septembre 1856, c'est-à dire peu de temps après l'annexion de la commune d'Ingouville par celle du Havre (1852). C'est l'époque où le quartier Thiers 'explose'. Beaucoup de nouvelles constructions apparaissent. Le Havre est en train de s'étendre, ou plutôt de vivre une deuxième jeunesse.
En effet, en une dizaine d'années, on abat les remparts, on crée des rues (Franklin, Ancelot, de la Douane, de Metz, de l'Impératrice, le boulevard de Strasbourg...), on en prolonge d'autres (la rue du champ-de-Foire), on construit le nouvel Hôtel de Ville, si bien que le 5 août 1857, Napoléon III et l'Impératrice Eugénie viennent au Havre en visite officielle pour 'inaugurer la nouvelle ville'. Le Havre a alors 64.000 habitants. Le tour de la rue Thiers viendra quelques années plus tard...
Car la rue Thiers n'eut pas toujours le tracé qu'on lui connaît aujourd'hui. Avant son élargissement en 1880 et son prolongement, elle s'arrêtait à hauteur de la Banque de France qu'on aperçoit sur la photographie ci-dessus, au fond à droite. Celle-ci n'est pas non plus dans sa version définitive puisqu'elle fut reconstruite en 1882. Vers 1890, le moins que l'on puisse dire, c'est que la rue n'avait plus le même aspect...
Côté gauche de la rue, on pouvait trouver les magasins suivants : le restaurant Voisin, le magasin 'Au Patriote', le Grand Bazar du Bon Marché ou le café Levigneur, comme nous pouvons le découvrir sur la photographie suivante.
A partir de 1880, en empruntant cette rue, on accédait à la rue de Montivilliers (actuelle rue d'Ingouville) d'où l'on montait vers la côte. On pouvait aussi tourner à droite pour suivre la nouvelle rue Thiers prolongée.
En effet, après la rue de Montivilliers, la rue Thiers se prolongeait vers le Rond-Point. Changeant de nom à la hauteur de l'ancienne clinique des Ormeaux, elle prenait celui de rue de Normandie et menait jusqu'à la sortie du Havre.
A l'origine, cette partie de la rue Thiers était sur le territoire d'Ingouville et se nommait alors 'Chaussée d'Ingouville'. En 1738, elle fut entièrement refaite, embellie, aménagée en promenade avec 800 arbres placés sur quatre rangées et formant trois allées bien alignés. La seconde partie de la rue, la Route ou Rue Royale (nommée plus tard rue de Normandie) ne fut construite qu'en 1765 et achevée 11 ans plus tard.
Les nouveaux immeubles et les grands magasins s'installent alors dans cette partie de la ville. Voici en quelques dates les événements marquants concernant ce quartier, et plus particulièrement cette rue Thiers :
- 1835 : installation de l'auberge de la Pomme d'Or au coin de la rue Thiers et de l'actuelle rue Ancelot.
- 1837 : installation du Champ de Foire à l'emplacement de la future Place Thiers.
- 1839 : la Rue Royale qu'on a évoqué plus haut est dotée de trottoirs et de huit candélabres à gaz.
- 1842 : installation de la poste d'Ingouville au 151, rue de Normandie.
- 1845 : création de la partie Nord de la rue du Champ-de-Foire.
- 1852 : annexion de la commune d'Ingouville par celle du Havre.
- 1853 : M. Eugène Huet ouvre la mercerie "A la Boule d'Or" au bas de la rue de Montivilliers.
- 1856 : la Banque de France s'installe rue Thiers.
- 1861 : on asphalte les trottoirs de la rue Thiers.
- 1863 : inauguration de la salle de spectacles de l'Alcazar au 19, chaussée d'Ingouville.
- 1871 : installation de la Maison Desforges (vente d'instruments de musique) place Thiers.
- 1872 : création du marché Thiers.
- 1880 : percement et prolongement de la rue Thiers qui prend son aspect définitif. Elle part désormais de la place de l'Hôtel de Ville et va jusqu'à la rue de Normandie, en direction du Rond-Point.
- 1881 : édification d'un marché couvert sur la place Thiers.
- 1882 : construction de l'actuel immeuble de la Banque de France.
- 1885 : M. Huet achète un terrain en face de son précédent magasin et y transfère sa Boule d'Or, rue Thiers. Cette enseigne deviendra plus tard 'Le Printemps'.
- 1890 : la place Thiers reprend son aspect d'avant 1881 après démolition de son marché couvert.
- 1912 : le chapelier Codet s'installe rue Thiers.
- 1914 : électrification de l'éclairage des rues.
En 1880 a lieu au Havre la première célébration de la Fête Nationale. Après 1890, tous les 14 juillet, on prendra l'habitude de se rassembler place Thiers pour assister à un drôle de spectacle : le départ en début de soirée d'un ballon que l'on gonfle depuis le début d'après-midi.
On pourra compléter ce sujet par ceux de Geo qui avait déjà fait quelques billets sur ce quartier il y a presque un an. Je me suis d'ailleurs aperçu en les consultant après coup qu'on avait des photos identiques, comme quoi il n'y a quand même pas pléthore de vues du Havre d'avant-guerre...
C'est ici, ici, ici, ou encore ici.
23 février 2008
Le marché couvert de la Place Thiers
On reste dans le même quartier. A la place de l'actuel parking Thiers fut édifié en mars 1881 un marché couvert. Cette place ne porta d'ailleurs pas toujours ce nom puisqu'avant la mort d'Adolphe Thiers en 1877, elle s'appelait place du Champ de Foire. Sur le plan suivant daté de 1893, on constate d'ailleurs la longueur de la rue du Champ de Foire (actuelle rue Maréchal-Galliéni, prolongée par la rue du Docteur Vigné) qui partait de la rue Jules Lecesne et accédait à la rue de Montivilliers (actuelle rue Georges Lafaurie).
Ces halles couvertes ne remportèrent cependant pas un grand succès, si bien que dès 1890, on les démolit pour rendre à la place Thiers son aspect d'antan.
19 février 2008
Et si la guerre...
Et si la guerre n'avait pas fait disparaître le Vieux Havre...
Et s'il n'y avait pas eu de 5 septembre 1944... ni tous les autres bombardements précédents !
Et si la guerre n'avait pas eu lieu...
Et si...
Quel visage aurait la ville aujourd'hui ?
Ce ne serait pas Le Havre reconstruit.
Pas d'architecture Perret.
Pas de reconnaissance en tant que patrimoine mondial de l'Humanité.
Et pourtant, pourrait-on pour autant se targuer d'avoir su conserver son patrimoine et préserver les vieux quartiers historiques de la ville... D'aucuns se rappellent sûrement dans quel état de délabrement étaient les quartiers Saint-François et Notre-Dame avant guerre... Est-ce que les bombardements qui ont tué, dévasté, meurtri toute une ville n'ont pas dans le même temps rendu service aux urbanistes, en leur évitant la délicate mais nécessaire démolition de certains quartiers...
Un article daté du 8 novembre 1938, tiré du Petit Havre et consulté aux Archives Municipales du Havre, témoigne de ce Vieux Havre qui disparaissait déjà...
Qui peut donc dire aujourd'hui ce que serait devenu ce Havre là, et finalement, quel visage aurait la ville aujourd'hui ?
Dans quelques jours la municipalité va procéder à la mise en adjudication des travaux que va nécessiter la démolition des deux derniers immeubles qui font encore saillie sur les alignements de la rue Emile-Renouf.
Ce fait, pour banal qu'il soit, mérite quelque peu de retenir l'attention de ceux qui se plaisent à jeter un coup d'oeil sur le passé de notre cité.
Tels ils se présentent encore, ces deux immeubles qui portent les numéros 49 et 51 nous montrent combien étaient étroites la rue des Remparts.
Il ne faut pas en effet oublier que la voie qui porte encore ce nom, n'est en réalité qu'un tronçon de la rue jadis ainsi dénommée.
L'ancienne rue des Remparts s'étendait de la place Richelieu jusqu'à l'Hôtel du Lieutenant gouverneur, qui se trouvait à l'endroit où a été établi le garage de la jetée vis-à-vis l'actuel Café de la Poste.
Cet Hôtel du Lieutenant gouverneur servit d'Hôtel de Ville de 1792 à 1865.
La rue des Remparts suivait réellement le contour des remparts dans la partie ouest et nord.
Elle porta précédemment le nom de rue des Murailles et la plupart des maisons étaient adossées aux fortifications. Dans les étages des communications étaient ouvertes sur les remparts même, et les blanchisseuses étendaient leur linge sur le gazon. (C'est un usage qu'il y a cinquante ans on voyait encore pratiquer sur les fronts de Malakoff et de la Floride).
En 1667, des corderies royales, ayant été créées dans la gorge du bastion Saint-André, le tronçon ouest de la rue des Remparts prit le nom de rue de la Corderie. Sous Louis XV, la municipalité lui substitua la dénomination de rue des Ecuries, sans doute à cause des écuries du lieutenant du roi et de ses officiers dont l'hôtel était, comme nous venons de le dire, élevé en cette rue.
En 1893, ce tronçon de la rue des Remparts reprit le nom de rue de la Corderie qu'il conserva jusqu'au jour où il fut désigné pour perpétuer le souvenir du grand peintre Emile-Renouf qui professa un si profond amour pour la mer et les marins.
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Les deux immeubles qui vont être abattus étaient acquis depuis longtemps par la ville, mais l'un d'eux était occupé par des familles, payant peu ou point de loyer et qu'on ne parvenait pas à loger ailleurs (comme quoi la crise du logement ne date pas d'aujourd'hui...) C'est aujourd'hui chose faite et il est heureux qu'il en soit ainsi car l'immeuble est dans un tel état de délabrement que des accidents étaient à redouter.
Pourquoi donc nous occuper de ces bâtiments qui n'offrent aucun caractère bien pittoresque ?
C'est que, dans la simplicité de leur architecture, ils rappellent deux types différents des grandes constructions en brique enserrées jadis dans la première enceinte du Havre, alors que, non loin, on peut voir des maisons de moindre importance faites en colombages et certainement antérieures à celles qui nous occupent.
L'immeuble du numéro 51 est le type d'habitation de la grande bourgeoisie.
Au nord, sur la rue, une large porte à double vantail donne accès à une courette, au fond de laquelle se trouve l'entrée de l'escalier étable en une tourelle formant saillie en quart de cercle dans l'angle constitué par les deux sections du bâtiment, disposées en équerre.
Les appartements se superposent en trois étages et bénéficient de quatre grandes fenêtres sur la rue. D'autres se trouvent sur l'aile intérieure dans la cour.
Ainsi qu'il était d'usage jadis, les pièces sont larges, pourvues de planchers, dotées de cheminées et de vastes placards. L'escalier lui-même est en bois, mais tous les agencements sont maintenant dans un état de délabrement qu'on ne saurait imaginer. Il semble qu'une destruction systématique, volontaire, ait été entreprise là.
Au nord de cet immeuble exista une autre construction similaire. Elle fut abattue il y a quelques années.
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L'immeuble portant le numéro 49, et qui fait corps avec le précédent, est au contraire un spécimen des grands magasins que les armateurs ou les commerçants établissaient pour y entreposer leurs marchandises ou le matériel des navires. On en trouve de similaires dans les rues étroites du quartier Saint François.
Ce bâtiment comporte quatre étages, mais si on examine son appareillage de briques, il semble qu'il ait dû jadis être moins important et avoir été l'objet d'une surélévation.
Sur la partie droite s'ouvre l'escalier qu'éclairent de petites fenêtres.
Dans la partie centrale, sont percées à chaque étage de larges ouvertures pourvues de panneaux à deux vantaux pour permettre l'entrée et la sortie des marchandises que l'on hissait au moyen d'une poulie manoeuvrée dans une mansarde dont la poutre maîtresse forme potence à l'extérieur.
A gauche de cette succession d'ouvertures de manutention, et faisant pendant aux petites fenêtres de l'escalier, se superposent des fenêtres de dimensions normales qui, avec les entrées à marchandises, donnaient quelque lumière dans les locaux.
Ce magasin a reçu de multiples utilisations au cours des ans. Il servit notamment de fabrique de galoches et l'on perça des baies dans la muraille située au sud pour mieux éclairer les locaux lorsque les immeubles voisins disparurent.
Quels étaient ces immeubles ? Dans son "Histoire des rues du Havre", notre regretté confrère Charles Vesque, a rappelé qu'au n° 47 avait été construite, en 1658, la maison où naquit Bernardin de Saint-Pierre. Une partie fut démolie en 1865 lorsque l'on perça la rue de la Halle, et le reste en 1875. A cette dernière époque existaient encore les bureaux et les écuries des messageries dont était directeur le père de Bernardin.
L'almanach du "Courrier du Havre" a publié un dessin représentant cette maison.
Autre souvenir de cette rue. Au nord des immeubles, dont nous venons de parler, là où se trouvent les chantiers des entreprises Grieu et fils, se trouvait la prison du Havre. Elle servit de maison d'arrêt jusqu'en 1810, puis fut louée à des particuliers et, vers 1854, servit même de salle de théâtre à une troupe d'amateurs.
Elle a été démolie en 1856, mais un vestige de cette vieille prison subsiste. Il s'agit d'une porte que l'on peut voir dans le couloir d'un immeuble situé rue du Maréchal Galliéni.
A. PETIT
Le moins que l'on puisse dire, c'était qu'à cette époque, la presse fouillait et documentait ses articles...
Sinon, comme on peut le voir, beaucoup de maisons furent vouées à la démolition pour des soucis d'urbanisme. A cela se seraient ajoutés des problèmes de sécurité, d'insalubrité, de remise aux normes, et 70 ans après, qui peut dire ce que seraient devenus ces quartiers ?
Pour finir, voici quelques liens qui permettent de compléter cet article et de peut-être mieux visualiser ces rues d'avant-guerre :
- sur la rue des Remparts : article principal et complément.
- sur la rue de la Halle
- sur la prison : elle est évoquée dans cet article.
De même, ce plan permet de mieux visualiser les rues d'avant guerre par rapport aux rues actuelles. Il est à mettre en relation avec le plan suivant de la rue des Remparts, où la partie verte de gauche est cette partie de la rue des Remparts devenue en 1667 rue de la Corderie, et en 1893, rue Emile-Renouf.
11 février 2008
Le Square Saint-Roch
Une fois n'est pas coutume, je commencerai ce billet par une photo actuelle du square Saint-Roch. Elle le représente tel que nous le connaissons aujourd'hui. Elle est extraite du blog de Yannick que je vous conseille vivement d'aller visiter. Yannick a le don de voir dans la ville contemporaine ce que nos yeux de simples passants ne sont pas capables de repérer.
Cependant, le square Saint-Roch ne fut pas toujours ainsi, et le moins que l'on puisse dire, c'est que son histoire ne ressemble pas au long fleuve tranquille que l'on pourrait imaginer en le regardant aujourd'hui.
Son histoire commence en 1587, soixante-dix ans après la fondation du Havre, lorsqu'un pré-de-santé est fondé sur un hectare de terre, à l'emplacement du futur square Saint-Roch. Ce terrain est clairement à l'extérieur de la ville du Havre, sur la commune d'Ingouville.
Ensuite, sous l'administration de Richelieu, on le destine aux pestiférés (au sens propre du terme...) En 1626, il est aménagé avec chapelle et bâtiments divers. "La chapelle Saint-Roch étoit pour les personnes attaquées du mal de la peste ; il y avoit dans le pré plusieurs maisons pour les malades". Avec cette chapelle dédiée à la Vierge, les pestiférés ont leur propre lieu de culte. Ce pré fut pendant un siècle un voisinage que l'on redoutait...
En 1669, sur la même commune d'Ingouville, on construit l'Hôpital Général, près de l'actuel funiculaire. L'Hôpital du Havre y est alors transféré. Quelques années plus tard, l'Hospice, comme on l'appelait, prend en charge directement les malades contagieux. Le pré-de-santé Saint-Roch n'a plus d'utilité et est laissé à l'abandon.
En 1772, la Municipalité le rachète pour en faire un cimetière. En effet, sous Louis XVI, il fut interdit d'inhumer dans les cimetières situés à l'intérieur des villes, et de ce fait, on déplace les cimetières vers les faubourgs. En 1783, l'ancien pré-de-santé devient le cimetière Saint-Roch, seul cimetière de la ville du Havre. Même les prêtres et religieuses des églises Notre-Dame et Saint-François y sont enterrés. On célèbre de nouveau des offices religieux dans la chapelle Saint-Roch.
Dans une description de la Ville du Havre de 1825, on apprend que ce cimetière où sont déposées toutes les personnes, décédées au Havre (moins cependant les protestants qui en ont un ailleurs) n'attire pas le regard des voyageurs, parce qu'on n'y voit aucune tombe monumentale. En revanche, il est propice à la méditation. Un profond recueillement s'empare de nous quand nous entrons dans [ce cimetière où] reposent les dépouilles mortelles de toutes les périodes de la carrière humaine. L'enfance gît près de la vieillesse, l'âge mûr non loin de l'âge viril. La cruelle mort a nivelé les hommes que des prérogatives de naissance, de rang, de condition, de fortune, de science, distinguaient parmi leurs semblables ; ici règne une entière égalité. Le pauvre est voisin du riche, l'ignorant proche du savant, l'innocent à côté du coupable. [...] La nature n'a point établi de différence entre les hommes. Des maladies physiques, morales ; des joies, des douleurs ; des plaisirs, des dégoûts, sont le commun partage de l'humanité.
Le cimetière Saint-Roch, malgré son exiguïté servit aux sépultures jusqu'en 1854. En effet, trois ans auparavant, en 1851 a eu lieu la bénédiction du cimetière Sainte-Marie qui, agrandi, est devenu celui du Havre. Le cimetière Saint-Roch n'a plus de raison d'être. La chapelle est démolie en 1861, la même année que la Tour François Ier.
Dès 1865, un jardin d'horticulture y est installé. La Municipalité décide de transformer l'ancien cimetière en jardin public. Elle fait tout son possible pour que le square soit terminé pour l'exposition maritime internationale de 1868. Ce sera chose faite. Le 15 août 1868, le square Saint-Roch ouvre ses portes. Dès sa création, il acquit un nouvel attrait par la construction d'un Aquarium.
L'extérieur formait un massif rocheux décoré de verdure et représentant sur une échelle réduite, les principales coupes géologiques de la Normandie. Il rappelait aussi les célèbres grottes de Fingal en Ecosse. Ce vaste et pittoresque établissement, dû à l'initiative du savant naturaliste havrais Gustave Lennier, conservateur du Muséum d'Histoire Naturelle, renfermait dans trente bacs la plupart des représentants du monde aquatique. Seulement, après deux premières années d'exploitation réussies, l'aquarium devient très vite non rentable financièrement. Il est démoli fin 1891.
Dans les années 1900, on installe dans le parc un kiosque à musique où la foule vient écouter des concerts. C'est, avec le jardin de l'hôtel de ville, un des seuls espaces destinés aux loisirs en centre-ville. Les famille aisées de ce quartier bourgeois s'y baladent, les enfants y jouent et se font tirés par des voitures à chèvres.
Après la guerre 14-18, le square Saint-Roch est rebaptisé Square Jean-Jaurès.
Après les bombardements du 5 septembre 1944, c'est le chaos, comme partout ailleurs dans la ville. Le square est complètement détruit. Une quarantaine d'arbres sur les quatre cent existants auparavant restent debout. Ironie de l'histoire, le square va alors de nouveau servir de cimetière, provisoire cette fois-ci.
Englobé dans le projet de reconstruction Perret, le square n'est cependant pas mort. Il réouvre en 1953 et reprend le nom sous lequel nous le connaissons encore aujourd'hui : square Saint-Roch.
































