Le Havre d'avant... ou l'histoire en photo de la ville du Havre et des Havrais avant la guerre...

Le Havre... toute l'histoire du Havre et des Havrais... avant le naufrage et les bombardements de 1944 ! Beaucoup de photos dans Le Havre d'aujourd'hui également...

10 juillet 2008

Le Palais de la Bourse

Cet article termine une série de trois posts sur l'histoire de la Bourse et du Commerce au Havre.

Le premier post était intitulé La première Bourse du Havre..., le second La construction de la nouvelle Bourse du Havre inaugurée en 1880.

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Les deux façades du Palais de la Bourse, construites selon les plans de l'architecte Louis Lemaître et achevées en 1880 sont composées de trois pavillons. Les décors de ferronnerie sont quant à eux dus à l'artiste rouennais Ferdinand Marrou.

Le Palais de la Bourse, installé dans le quartier des affaires, détient entre ses mains, pendant plusieurs dizaines d'années, le pouvoir économique de la ville du Havre. A cette époque, la ville est une importante place financière, qui est devenue le plus grand marché européen du café. Elle occupe également une position prépondérante dans le commerce du coton et des épices.

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Pour relier la Bourse au quartier Saint-François, on construit une passerelle en 1887. Cette construction est réalisée à l'occasion de l'exposition maritime internationale inaugurée le 8 mai 1887 par Lockroy, ministre du Commerce. Cette exposition avait lieu sur les bords du Bassin de Commerce.

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En 1899, le pont Alexandre remplace la passerelle, mais il ne sera finalement ouvert au public que le 19 août 1900.

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A cette date, on compte 120 courtiers en marchandises au Havre contre 41 en 1864. Pour célébrer cette ouverture sur le monde, Louis Lemaître a fait décorer côté jardin, le fronton du Palais de la Bourse d'une allégorie de la ville du Havre communiquant avec le monde.

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La place Carnot ne sera cependant véritablement aménagée en jardin qu'en 1921. Sur la photo suivante, on peut distinguer les échafaudages du nouvel hôtel des postes qui sera construit à partir de 1920 et livré en 1926.

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Deux ans plus tard, en 1923, le maire Léon Meyer fait installer au centre du jardin de la Place Carnot, entre la Bourse et la Sous-Préfecture, une fontaine monumentale en porcelaine de la manufacture de Sèvres surnommée l'asperge de Meyer. A l'origine, cette fontaine avait été offerte par l'Etat à la ville de Paris pour l'exposition universelle de 1900.

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La seconde guerre mondiale et les bombardements de septembre 1944 vont avoir raison de ce superbe édifice qu'était le Palais de la Bourse. Déjà plusieurs fois endommagé au cours des années de guerre, il est entièrement anéanti en 1944, comme en témoignent ces photographies, toutes plus poignantes les unes que les autres...

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Je ne sais pas si un jour s'est posée la question de la conservation ou non des derniers vestiges de ce bel édifice. Il y avait peut-être moyen d'en conserver une partie comme ce fut fait avec l'église Notre-Dame ou le Muséum d'Histoire Naturelle. Mais peut-être parce que l'architecture de la fin du XIXème siècle était finalement assez dépréciée dans les années 50, on finit par abattre le 1er juillet 1949 les derniers pans de mur de ce qui fut le centre du négoce havrais.

Seule la majestueuse fontaine lui survécut quelques temps, mais on finit aussi par la démolir en 1967. Entre-temps, René Coty, nouveau président de la République, était venu faire au Havre sa première visite officielle le 26 juin 1954. A cette occasion, il avait posé la première pierre de la nouvelle Chambre de Commerce, inaugurée le 22 juillet 1957. Ce bâtiment est aujourd'hui devenu le casino du Havre.

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Grâce à cette photographie, on constate d'ailleurs que la Chambre de Commerce ne fut pas reconstruite au même emplacement que l'ancien Palais de la Bourse. La fontaine n'a pas changé de place et le nouveau bâtiment en est beaucoup plus éloigné que l'ancien. Pour s'en convaincre, deux photographies...

Sur la première, le Palais de la Bourse venait à la hauteur de l'hôtel des postes.

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Sur la seconde, on constate que depuis la rue de Paris, on apercevait le Palais de la Bourse qui empiétait sur la rue de la Bourse (actuelle rue Jules Siegfried).

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La destruction totale de cet édifice trouve peut-être sa réponse ici... Dans une ville nouvelle, aux artères relativement larges et alignées, il ne se trouvait plus "à sa place", au sens propre comme au figuré...

Sources :

- Chambre de Commerce du Havre 1802-1902, Le Havre, 1903.
- Prestige du Havre, Bernard Esdras-Gosse.
- Le Havre de 1517 à 1966, 2500 dates au fil des années, Michel Eloy, 1967.
- Histoire du Havre et de l'estuaire de la Seine, André Corvisier, Privat, 1983.
- Le Havre, photos d'identité, Christian Zarifian, Les Films Seine-Océan, 1994.
- Le Havre dans les années 1900, tome 2, édifices et lieux publics, Maurice Couturaud, Jean-Marc Derrien, Dominique Léost, éditions Page de Garde, 2002.
- Le Havre en photographies 1860-1910, Yann Favennec, Fabrice Richer, Pascal Valinducq, éditions François Ier, 2004.

Et un grand merci à Martine Gravé, Sophie Gréaume, Pierre Bruger et Fabrice Cavelier pour avoir partagé leurs cartes postales et photographies avec les membres du forum du GGHSM et m'avoir autorisé à les publier...

Enfin, pour terminer, vous pouvez toujours compléter cet article en allant lire celui que Geo a écrit il y a quelques jours sur son blog Le Havre Photo : Dommages causés au Palais de la Bourse et à l'Hotel des Postes pendant la dernière guerre...


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09 juillet 2008

La construction de la nouvelle Bourse du Havre inaugurée en 1880

Dans mon dernier billet, j'ai évoqué la première bourse du Havre, sise sur l'ancienne place d'Armes, aussi appelée Place François Ier. Elle s'élevait à l'origine entre la Tour François Ier et le Logis du Roy qui fut pendant un temps Hôtel de Ville du Havre. Voici une nouvelle photo découverte depuis la rédaction de l'article. Elle est extraite de l'ouvrage Le Havre en photographies 1860-1910 de Yann FAVENNEC, Fabrice RICHER et Pascal VALINDUCQ (édition François Ier) et fait partie du Fonds des Archives Municipales du Havre. Elle daterait de 1860.

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Les négociants havrais délaissent cette bourse à partir de 1840. Pendant un temps, ils se réunissent sur le parvis de l'église Notre-Dame où ils viennent traiter leurs affaires. Ils s'installaient devant une pièce d'artillerie utilisée comme borne. Elle donnera son nom à cette bourse dite "du canon". Seulement, ce lieu était mal choisi. A certaines heures de la journée, la circulation y était très active. C'est de là, notamment, que partaient vers la fin de l'après-midi, les diligences "Laffite et Caillard". Gênés par ce mouvement et par le bruit, les négociants prirent le parti de se transporter Place Louis XVI même s'ils n'étaient protégés en cas de mauvais temps, par aucun véritable abri, si ce n'est les arcades des maisons situées de chaque côté du Grand Théâtre.

Dès 1843, ils cherchent à acquérir ou faire construire un nouveau lieu pour y établir leur bourse. Il fut un temps proposer de construire sur les carrés nord et sud de la place de la Mâture deux pavillons destinés, l'un, celui du nord à la salle de la Bourse, avec salle de ventes publiques, salle pour les courtiers, etc., l'autre, celui du sud, au tribunal de commerce, à la Chambre de Commerce et à quelques installations accessoires. Un jardin orné de massifs de fleurs et fermé par des grilles devait réunir les deux pavillons.

Seulement, un malheureux événement vint contrecarrer ces plans. Dans la nuit du 28 au 29 avril 1843, le Théâtre fut détruit par un incendie. L'idée surgit alors d'élever la Bourse sur l'emplacement du Théâtre, mais finalement, la municipalité jugea préférable de conserver au Théâtre son emplacement d'origine et décida de le réédifier.

Du coup, l'absence de budget entraîna l'abandon du projet des négociants havrais... si bien qu'en 1862, ils se réunissaient toujours Place Louis XVI... Comme il fallait quand même une bourse légale, avec une adresse fixe où afficher les documents dont la loi exigeait la publication, on construisit une bourse provisoire (le Lloyd commercial) rue de la Comédie en 1847. Elle ferma ses portes en 1858. Les négociants désignèrent alors comme Bourse légale le rez-de-chaussée d'une maison formant un des angles de la rue de la Chaussée et de la Place de la Mâture...

Entre 1848 et 1870, la Chambre de Commerce proposa une cinquantaine de projets qui visaient à l'édification d'une nouvelle Bourse, mais tous furent rejetés par la Municipalité car trop onéreux, ou en contradiction avec la politique municipale.

Les premières études visant à installer la Bourse sur la future place Carnot datent de 1860. Pourtant, ce n'est que le 3 mars 1877 qu'un décret municipal déclarait d'utilité publique la construction de la Bourse et autorisait l'emprunt de 1.846.200 francs pour ce faire. Le reste était financé par la Chambre de Commerce et les négociants. Le coût total de cette construction s'élevait à 2.244.000 francs. Comme la Municipalité avait donné son accord à un projet qui visait à placer la Bourse sur un îlot d'immeubles se situant entre la Place de la Sous-Préfecture et la Place du Commerce, dès la parution du décret, la Chambre de Commerce s'occupa de l'achat des immeubles et des indemnités à accorder aux locataires.

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La Chambre de Commerce chargea l'architecte Louis Lemaître de mener à bien le projet. Il fut assisté dans sa tâche par deux personnes de compétence reconnue, mandatées par la Municipalité : M. Huchon, architecte, et M. Rodet, entrepreneur. Le 15 septembre 1877, il était procédé à l'adjudication des travaux et les entrepreneurs purent alors se mettre à l'oeuvre.

Le 2 mars 1878 eut lieu la cérémonie de la pose de la première pierre, sous la présidence de M. Limbourg, préfet de la Seine-Inférieure, en présence de nombreuses personnalités du département et de la ville du Havre. De nombreux notables vantèrent au cours de discours grandiloquents la prospérité du Havre, sa réussite et son extraordinaire expansion en moins de quatre siècles. Une boîte en plomb renfermant plusieurs pièces de monnaie de l'époque fut déposée par M. le Préfet dans un socle de granit situé à l'angle nord-ouest du monument, avec une plaque de cuivre portant l'inscription suivante :

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Les travaux se poursuivirent activement et le 28 septembre 1880 eut lieu le dernier jour de la Bourse sur la Place du Théâtre où les négociants havrais se réunissait depuis 1840.

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Le lendemain, le 29 septembre 1880, le nouveau Palais de la Bourse, un bâtiment de style renaissance, était inauguré. A cette occasion, un grand bal fut donné.

Voici deux cartes postales du lieu en question :

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Façade Sud

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Façade Nord

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Façade Nord, toujours...

(à suivre...)

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07 juillet 2008

La première Bourse du Havre...

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Il y a quelques temps, j'avais évoqué dans un billet la première place de la Bourse du Havre. Je vais aujourd'hui vous parler de la Bourse en question. Ce billet sera le premier d'une petite série retraçant l'histoire des différentes bourses que connut Le Havre entre la fin du XVIIIème siècle et 1944.

En 1774, les négociants du Havre adressent une demande à la Municipalité en vue d'obtenir la libre disposition d'un terrain communal situé entre la Tour François Ier et la Porte du Perrey, où depuis longtemps ils tiennent leurs assemblées journalières. Leur intention est d'y faire construire un bâtiment à usage de Bourse.

Dans ce but, des souscriptions auprès des dits négociants avaient été recueillies.

L'assemblée générale de la communauté, par délibération du 24 octobre 1774, donne son consentement à l'abandon sollicité. Dans cette délibération, il est stipulé que le bâtiment aura 24 à 25 pieds carrés et que le surplus de terrain sera fermé par une balustrade et planté d'arbres pour servir de place publique.

Seulement, les préoccupations causées par la guerre d'indépendance des Etats-Unis d'Amérique et par la guerre avec l'Angleterre ajournèrent l'exécution du projet. Il ne fut repris qu'en 1784.

C'est Madame de Villeneuve, femme du lieutenant du Roi, qui posa la première pierre de la nouvelle bourse des négociants. L'édifice s'élevait sur l'ancienne place d'armes, près de la Tour François Ier, sur un terrain qui faisait face au logis du Roy, jadis premier Hôtel de Ville du Havre. C'est à cet endroit que quelques années plus tard, on construisit le Musée des Beaux-Arts.

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A l'occasion de la pose de la première pierre de la Bourse des négociants, on fit graver une plaque que l'on retrouva dans les fondations du bâtiment lors de sa démolition en 1862. Dessus, on pouvait lire ces mots :

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Au départ, cette nouvelle Bourse n'eut cependant pas d'existence légale, d'autant plus qu'elle fut fermée pendant la Révolution. Le bâtiment servit même d'atelier d'équipement pendant cette période. Il ne fut rendu au Commerce qu'en 1801 par un arrêté du 7 thermidor an IX (26 juillet 1801).

La Bourse se tenait tous les jours de midi à deux heures, son ouverture et sa clôture étant annoncées par le son d'une cloche. Au fil des années, les horaires d'ouverture finirent par se décaler et se réduire si bien qu'en 1830, la Bourse n'était plus ouverte que de deux heures à trois heures.

Depuis 1784, le nombre de personnes fréquentant la Bourse s'étant considérablement accru, l'installation finit par se révéler insuffisante. Voici le croquis qu'en fait Jacques Augustin Gaillard dans les années 1810-1820 afin d'illustrer son Histoire du Havre et des Havrais, écrite entre 1810 et 1824.

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Dès 1821, en vue de remédier à cette situation préoccupante pour les affaires des négociants, on cherche à agrandir ou à déplacer la dite bourse. Plusieurs projets sont alors proposés, mais aucun n'aboutit réellement.

Finalement, faute de solution recueillant l'unanimité des suffrages, on finit par opter en 1835 pour la construction d'un péristyle en avant de l'ancien local, afin de remédier à l'insuffisance de la salle, mais surtout de procurer un abri aux négociants en cas de mauvais temps. Les travaux s'achevèrent en juillet 1836.

Cependant, le bâtiment se révélait décidément trop petit et on finit par l'abandonner en 1840. Les négociants prirent alors le parti de se transporter place Louis XVI, mais là-encore, ils étaient sans abri en cas de mauvais temps... leur seule ressource était alors de se réfugier sous les arcades des maisons situées de chaque côté du Théâtre. Un an plus tard, en 1841, le Tribunal de Commerce qui siégeait dans l'ancien Hôtel de Ville (le Logis du Roy) depuis 1792 est lui aussi transféré au 15, rue de la Halle. C'est ainsi tout le centre des affaires des négociants qui quitte l'ancienne place d'Armes (place François Ier ou place des Pilotes).

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En 1862, on démolit définitivement l'ancien bâtiment de la Bourse afin de permettre l'exécution des travaux d'élargissement de l'entrée du port. Un grand chantier s'est engagé dans ce secteur puisqu'un an plus tôt, on a commencé la démolition de la Tour François Ier. On a aussi démoli la Porte du Perrey et les remparts qui l'avoisinaient et rejoignaient la Tour François Ier. En 1864, on achève le deuxième brise-lames et on livre l'anse des pilotes à ses usagers. C'est la fin de la place d'armes. En 1865, on démolit l'Hôtel de Beauvoir qui servit un temps de second Hôtel de ville et enfin, en 1867, on achève la démolition de la Tour François Ier. La photo suivante prise probablement en 1860 est une des dernières de ce quartier en l'état, quartier qui fut pendant longtemps le centre des affaires des négociants. On constate que les travaux d'élargissement de l'entrée du port ont déjà bien avancés...

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C'est à cette même époque que les négociants désignèrent comme Bourse légale le rez-de-chaussée d'une maison formant un des angles de la rue de la Chaussée et de la Place de la Mâture...

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15 avril 2008

La première Place de la Bourse

Si l'étranger qui vient visiter le Hâvre arrive par un des passagers sur la place de la Bourse, la ville lui apparoît sous un point de vue fort agréable. Devant lui est le vieil hôtel-de-ville, ancienne demeure des souverains qui venoient en cette cité ; à sa droite, le port rempli de bâtimens de toutes les formes et de toutes les grandeurs ; à l'extrêmité du grand quai, la douane, dont l'Etat tire des produits très considérables ; au-delà, le bassin de la barre et l'entrée du quartier militaire ; du côté opposé, la Bourse, plus remarquable par l'importance des affaires qui s'y font, que par sa construction ; non loin de lui, la tour de François Ier ; en face, la rue de Paris, au bout de laquelle se découvre le riant côteau d'Ingouville.

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La place de la Bourse présente des scènes d'une extrême variété et toujours intéressantes. On y voit paroître alternativement des gens de ton et de profession très opposés ; souvent, en même temps, des négocians, des marins, des employés aux douanes, des marchands Bas-Normands ; enfin, un assemblage d'une telle bizarrerie qu'on le chercheroit vainement ailleurs. Ces contrastes fort amusans pour l'observateur, lui font faire des rapprochemens très singuliers. A chaque marée, les productions des deux rives de la Seine s'échangent sur cette même place.
Dans les longues soirées d'hiver, le vent y apporte quelquefois, à l'oreille du passant, les sons confus de la voix rauque des marins, mêlés au bruissement d'une mer tempétueuse ; ce bruit a quelque chose de sinistre qui fait naître de sombres pensées ; mais, au milieu des belles nuits d'été, le même lieu retentit de refrains d'amour. La place est alors couverte de marins et de jeunes filles, qui forment des rondes en répétant les vieilles chansonnettes de leurs aïeux. Dans les réjouissances publiques on y élève un orchestre, et des hommes occupés toute l'année de pénibles travaux, y cherchent une distraction nécessaire à leurs fatigues. Les danseurs sont environnés de parens et d'amis qui, pendant qu'on se livre au plaisir, racontent à leurs voisins les beaux spectacles qu'ils virent, les fêtes qu'ils partagèrent. Le souvenir des joies du jeune âge est infiniment doux ; on aime à se rappeler que, dans cette vie passagère, il fut quelques instans de félicité : ces pensées de bonheur procurent à l'âme une satisfaction inexprimable.
Quand le Hâvre reçoit un de nos princes, c'est encore là qu'on élève des obélisques pour célébrer son arrivée.
Jadis, la fontaine de cette place étoit surmontée de la statue pédestre de Louis XIV : elle fut détruite pendant la révolution.
Sur un banc posé près de l'entrée de la tour, s'asseyent les pilotes. Ce sont pour la plupart de vieux marins qui ont beaucoup vu, beaucoup retenu, et peuvent, par conséquent, faire des récits longs et variés. Ils se racontent entre eux des faits divers avec une originalité très piquante. Ils semblent, tant ils mettent de vérité dans leur accent, que la chose se soit passée récemment.

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Ce texte est extrait d'une description du Havre publiée en 1825. L'orthographe d'époque a été conservée.

La deuxième illustration est extraite de l'ouvrage de Jean Legoy, Le Peuple du Havre et son histoire - volume 2 - Du négoce à l'industrie 1800-1914. Elle représente l'entrée du port et la place des Pilotes vers 1820. On y découvre au fond le logis du Roy, édifice sur lequel je ferai un billet dans les prochains jours. C'est une gravure anglaise, oeuvre de Gendall et Sutherland. (Collection Legoy)


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