Le Havre d'avant... ou l'histoire en photo de la ville du Havre et des Havrais avant la guerre...

Le Havre... toute l'histoire du Havre et des Havrais... avant le naufrage et les bombardements de 1944 ! Beaucoup de photos dans Le Havre d'aujourd'hui également...

17 juin 2009

Plaque commémorative du massacre des frères Raoulin dans la cathédrale Notre-Dame

Ce billet est une réactualisation d'un précédent paru avec le même titre le 30 mars 2008. J'y évoquais une plaque commémorative du massacre des frères Raoulin, mais je ne savais pas où la situer... Elle avait été posée en 1603 dans l'église Notre-Dame puis avait pas mal voyagé. On l'avait ainsi retrouvée rue Fontaine aux Viviers, dans l'ancien Musée des Beaux-Arts ou au Musée de l'Abbaye de Graville...

Or, dimanche dernier, pendant que certains blogueurs déambulaient dans les rues de Saint-Valéry-en-Caux, j'étais retenu au Havre pour des obligations familiales ! Bah oui, j'étais invité à assister à une profession de foi et à un baptême ! Déçu de ne pas avoir pu les accompagner, mais en même temps, j'en ai profité pour déambuler dans la cathédrale Notre-Dame.

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Je suis alors tombé sur une drôle de plaque quasiment illisible. Toutefois, j'ai pu déchiffrer quelques mots : "Raoulin", "saize ième jour de mars mil cinq cent quatre vingt dix neuf"... Rentré à la maison, j'ai vérifié si cela pouvait être "ma" plaque... et bingo !

J'y suis donc retourné aujourd'hui pour la photographier...

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En voici le texte :

"Ici reposent les corps de Isaye Raoulin, écuyer, sieur de la Regnardière, vivant cornette de la compaignie des gens à cheval de feu Mgr de Villars, vivant admiral de France et gouverneur pour le roy en la ville de Grâce ; de Pierre Raoulin, écuyer, sieur de Saint Laurens, vivant lieutenant en la compaignie de gens de pied, entretenus par le roy en Normandie ; et de Jacques Raoulin, écuyer, sieur de Rogerville, vivant enseigne de la compaignie des gens de pied, fils uniques de Robert Raoulin, écuyer, avocat en parlement, décédés en cette ville du Havre de Grâce, le 16ème jour de mars 1599, en une même heure ; priez Dieu pour leurs âmes."

Elle se trouve dans la chapelle Saint-Sébastien.

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En vous rendant dans cette chapelle, ayez une pensée pour les trois frères Raoulin... leur tombeau se trouve quelque part sous vos pas, même si aujourd'hui, on n'en voit plus trace...

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30 mars 2008

Une pierre commémorative du massacre des frères Raoulin dans l'église Notre-Dame

Ce billet fait suite à celui d'hier : le massacre des frères Raoulin (suite).

Toujours dans Esprit du Havre et ses aspects depuis ses origines, publié en 1951, Julien Guillemard cite un curieux article de Gabriel Ursin Langé qui évoque une plaque commémorative du massacre des frères Raoulin, plaque qui circula en plusieurs endroits de la ville. Voici ce qui en est dit :

*****

Dans un article sur les Raoulin, paru dans une revue littéraire en 1934, le délicat poète G.-U. Langé écrivait :

"Par les vieilles rues aux maisons d'ardoises, j'étais arrivé sur le côté méridional de Notre-Dame, au moment où l' "Angelus" achevait de mourir dans la robuste tour à feu." Et je ne sais pourquoi ces voix de cloches me rappelèrent la dramatique inscription de la chapelle Saint-Sébastien, et je pensais à la désolante histoire de l'assassinat des trois Raulin."

Suit la description de la chapelle, située dans le bas-côté Nord de l'église et portant le millésime 1603. Puis : "On a bien de la tablature pour lire le texte de la pierre commémorative des Raulin qui est près de l'autel, côté évangile, dans le mur. C'est pourtant là un point curieux de l'histoire intime du Havre. Sous la Terreur, l'église étant devenue le Temple de la Raison, la pierre des Raulin fut grattée et, jugée par quelques imbéciles de l'époque comme scandaleuse, fut jetée hors du temple que, paraît-il, elle souillait."

Cette pierre, rappelle M. Langé, fut utilisée plus tard par un maçon qui réparait la fontaine de la rue Fontaine-des-Viviers (aujourd'hui rue des Viviers). Comme elle était trop longue, il en scia un des côtés, et durant soixante ans elle fut une pierre anonyme parmi d'autres unies par le mortier. "On la retrouva en démolissant la fontaine pour le nivellement du trottoir et, après la restauration, on la plaça non à Notre-Dame, mais sur un pilier de la galerie du rez-de-chaussée du Musée-Bibliothèque. C'était en 1857."

Par la suite, cette pierre fut replacée à Notre-Dame, où elle est encore. Mais dans la chapelle Saint-Sébastien, sous laquelle reposent les trois Raoulin, on ne trouve plus aucune trace du tombeau que leur père avait fait placer, non plus "l'épitaphe de cuivre signalée par Joseph Morlent, dans son Guide du Voyageur au Havre en 1827, et qui existait encore avant la Révolution, enchâssée dans un des piliers de l'église", écrit notre confrère.

Cette plaque de cuivre, je l'ai vue plus d'une fois, mais au Musée, scellée dans le mur, à gauche, en descendant les deux ou trois marches de la galerie basse, et je me souviens que la première fois, étant enfant et ignorant tout des Raoulin, elle me fit beaucoup penser et m'incita à connaître l'histoire de ces trois officiers malchanceux. Depuis, elle a voyagé ; pas très loin du reste. Elle est allée au Musée de l'Abbaye de Graville. En voici le texte exact : 

"Ici reposent les corps de Isaye Raoulin, écuyer, sieur de la Regnardière, vivant cornette de la compaignie des gens à cheval de feu Mgr de Villars, vivant admiral de France et gouverneur pour le roy en la ville de Grâce ; de Pierre Raoulin, écuyer, sieur de Saint Laurens, vivant lieutenant en la compaignie de gens de pied, entretenus par le roy en Normandie ; et de Jacques Raoulin, écuyer, sieur de Rogerville, vivant enseigne de la compaignie des gens de pied, fils uniques de Robert Raoulin, écuyer, avocat en parlement, décédés en cette ville du Havre de Grâce, le 16ème jour de mars 1599, en une même heure ; priez Dieu pour leurs âmes."

Dans sa brochure, V. Toussaint donne le texte intégral d'un acte passé en l'église Notre-Dame le 30 août 1602, suivant lequel le père des trois frères Raoulin fit un don "de trois écus un tiers de rente par an" pour que "chaque an perpétuellement et à toujours à l'avenir" fussent dit deux services, une vigile et une messe de Requiem sur leur tombeau.

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29 mars 2008

Le massacre des frères Raoulin (suite)

Il y a une quinzaine de jour, dans un billet paru le 16 mars 2008, j'ai évoqué le destin tragique des frères Raoulin, massacrés en 1599 devant le Logis du Roy. Depuis, j'ai retrouvé un article écrit à propos de cette affaire, dans Esprit du Havre et ses aspects depuis ses origines, ouvrage publié par Julien Guillemard en 1951. Je vous livre l'essentiel du texte.

C'est un épisode mystérieux de l'histoire du Havre, et qui illustre bien son époque, cet assassinat de trois officiers frères de sang. Leur nom : Raoulin, sous lequel la postérité les connaît, était ainsi orthographié dans le testament de leur père, alors que celui-ci, prénommé Robert, y était dit Raullin, avec une ou deux l ; prononciation différente de l'u, peut-être. Ecuyer du roi, il était avocat au Parlement de Rouen et exerçait au Havre, où il habitait.

Tous les historiens du Havre, mais surtout V. Toussaint, avocat, dans sa brochure de 1859, ont relaté ce tragique événement de la vie havraise.

Le 16 mars 1599, trois heures après midi, les trois frères pénétraient dans l'Hôtel de Ville (ex-Logis du Roy) où ils avaient été mandés par le capitaine Goujon, lieutenant du gouverneur Georges Brancas de Villars. Que fut-il dit ? Personne ne le sait exactement. On croit qu'ils comparurent devant un tribunal où siégeaient le gouverneur et son lieutenant entourés par les officiers de la place ; des gardes formant la haie dans la grande salle d'apparat où cette scène se déroulait. On croit que le gouverneur et son lieutenant durent les réprimander fort violemment, et l'on sait qu'ils étaient beaux, élégants, et fiers, et braves. V. Toussaint ne parle que de Goujon, alors que Borély cite aussi Brancas. Certainement, ils étaient d'accord pour faire disparaître les trois frères.

Vint le moment où le capitaine Goujon donna ordre aux gardes de les emmener immédiatement pour les emprisonner dans la Tour, toute proche, comme de vulgaires soldats ivrognes ou des pirates. Ils s'indignèrent, firent valoir qu'ils étaient gentilhommes, et s'efforcèrent d'échapper aux gardes portant cuirasse chargés de les arrêter. Assaillis à coup d'épées et de hallebardes, ils tirèrent eux aussi leur arme et se défendirent courageusement avec leur épée. Mais bientôt percés de coups et ruisselants de leur sang, succombant sous le nombre, ils furent massacrés lâchement, deux dans cette grande salle des assemblées, l'autre près d'une fenêtre donnant sur la cour par où il tentait de fuir et où son vêtement fut accroché par un clou.

La tradition rapporte qu'il fut impossible de nettoyer à fond le pavé, tant il s'était imprégné de leur sang. A la nuit, leurs corps furent transportés secrètement dans l'église Notre-Dame et inhumés en la chapelle Saint-Sébastien, près de la dépouille de leur mère, née Le Thiais. Le lendemain, on fit répandre le bruit qu'ils étaient coupables envers le roi, et ce fut tout. Monsieur le gouverneur Georges Brancas, marquis de Villars (successeur de son frère André), satisfait de sa basse vengeance, crut l'affaire enterrée avec ses victimes, persuadé que cette effroyable boucherie inspirerait la terreur et ferait taire les langues.

Quelle fut la raison de cet ignoble assassinat ? On ne le sait. On a supposé une intrigue amoureuse entre Pierre Raoulin et madame de Villars, soeur de Gabrielle d'Estrées et peut-être moins encore recommandable. On a parlé d'une rancune du gouverneur contre le père des Raoulin, avocat ayant refusé de plaider pour lui une cause qu'il jugeait mauvaise. Goujou, leur tortionnaire, homme détesté par la population alors que les trois frères ne trouvaient que sympathie par la ville, les haïssait. Il doit aussi être tenu compte de l'état d'esprit du moment, où la Réforme, puis la Ligue, avaient dressé tant de Français les uns contre les autres, en dernier lieu contre le Béarnais (Henri IV) à présent le maître et Brancas son disciple. Les trois frères avaient encore l'esprit ligueur, peut-être. Dans son manuscrit, Leveziel dit que : "La tradition de la ville est qu'ils furent mandés pour l'estime que tous les Bourgeois faisaient de leurs personnes, ou parce qu'ils le portaient trop haut, ce qui avait donné de la jalousie au gouverneur."

L'affaire vint devant le Parlement de Normandie, qui délégua deux magistrats auxquels le gouverneur refusa l'entrée de la ville. Sur l'ordre du roi, ils y revinrent, avec un huissier qui fit constat que, malgré les sommations, et les clameurs des habitants demandant justice, la porte resta fermée pour eux. Une nouvelle fois, sur un ordre encore plus formel du roi, les deux conseillers-commissionnaires reprirent le route du Havre, accompagnés par le procureur général, un notaire secrétaire, un huissier, et des valets armés. Comme ils sortaient d'Harfleur, un capitaine leur remit une lettre du gouverneur, prétendu absent, leur signifiant que sans une commission signée du roi, et portant le sceau royal, ils n'entreraient pas au Hâvre-de-Grâce. Ils passèrent outre, mais lorsqu'ils arrivèrent en vue de la porte d'Ingouville, à toutes les portes de la ville les ponts-levis furent dressés. Des pourparlers s'engagèrent. Goujon, demandé, fit savoir qu'il était malade à la porte du Perrey. Rapidement, les hommes du petit groupe gagnèrent cet endroit et, par surprise, y trouvèrent Goujon. Après des explications très vives, ils durent s'en retourner sans avoir pu entrer, furieux de ce déplacement inutile.

Brancas de Villars, courtisan astucieux, était auprès du roi lorsque la nouvelle de cette espèce d'insubordination parvint à la Cour. En termes très nets, il lui fut enjoint d'aller mettre l'ordre dans sa ville. Une quatrième fois, les commissaires prirent la route. Cette fois, ils purent entrer dans la place et y enquêter, mais Goujon était en fuite. A peine les magistrats étaient-ils repartis que le sinistre capitaine assassin reparut, couvert par son chef Villars, dont il avait sans doute fait exécuter les ordres. Ce fut à la grande indignation de la population, exaspérée d'être obligée de vivre "sous le commandement de pareils assassins."

En définitive, lorsque l'affaire fut présentée, enfin, devant le Parlement de Normandie, Goujon, seul mis en cause, fut absous, tant pour le triple assassinat que pour sa rebellion... Heureusement que pour les victimes des coquins de cet acabit, il existe une autre justice qui a un nom : la Postérité. Mais qui sait si Brancas, lui-même, n'avait pas agi par suggestion...

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16 mars 2008

Le massacre des frères Raoulin

Il y a 409 ans, le mardi 16 mars 1599, trois frères, les frères Raoulin, officiers de l'armée, étaient mis à mort devant le Logis du Roy.

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Cet événement qu'on qualifierait aujourd'hui d'affaire Raoulin fut pour Le Havre le dernier douloureux épisode des discordes sanglantes au cours desquelles la ville jouera les rôles les plus opposés dans la seconde moitié du XVIème siècle.

Pour mieux comprendre cette affaire, il convient de se remettre dans le contexte de l'époque où depuis quarante ans, des conflits religieux opposent en France catholiques et protestants. A ces troubles religieux se superposent des affrontements politiques pour conquérir un pouvoir royal affaibli. Henri II est mort accidentellement en 1559 et sa descendance est trop jeune pour régner. Finalement, tout se 'tasse' en 1598 lorsque Henri IV, fraîchement converti au catholiscisme, propose son édit de Nantes, qui vise à la pacification du conflit.

Seulement, si cet édit de pacification, acte d'une politique habile, est accueilli favorablement dans tout le royaume, il trouva des résistances dans le Parlement de Rouen. Les magistrats normands, obstinés, processifs et méticuleux, ne pouvaient pas admettre que le roi reconnût aux huguenots l'accessibilité à tous les emplois. Ils entretinrent ainsi les défiances et le malaise ambiant. Des moines fanatiques et des prêtres imprudents excitèrent alors la populace au Havre. Les protestants furent insultés, de là des collisions sanglantes. Georges Brancas, duc de Villars, marquis de Graville, et chevalier d'Oise, est à ce moment gouverneur de la ville. Il entreprit de réprimer ces désordres à main armée, et il y parvint promptement. C'est à ce moment que se passa l'affaire Raoulin.

Ces trois frères, officiers dans l'armée, fils d'un avocat estimé et populaire de la ville, Claude Raoulin, appelés chez le gouverneur, y furent mis à mort le 16 mars 1599.

On ne sait pas trop la raison de ce triple meurtre, véritable massacre sur la place publique...

La version qui domine, c'est que ces jeunes gens auraient été sacrifiés au courroux d'un mari trompé, mais rien n'est moins certain.

L'enquête ouverte ne fournit pas cette preuve. Ce qu'on peut affirmer, c'est que ces jeunes gens étaient restés ligueurs, qu'ils jouissaient d'une grande popularité, et que cette popularité offusquait le gouverneur et peut-être les magistrats de la ville. Les ligueurs offraient dans leur grande majorité une résistance acharnée à Henri IV, roi légitime, mais jugé huguenot. Ils lui préféraient son oncle, le cardinal Charles de Bourbon, considérant leur roi comme hérétique.

Quoi qu'il en soit, quel qu'ait été leur rôle, gouverneur et magistrats ne furent sans doute pas fâchés de se voir débarassés de gens qui pouvaient créer de réels périls dans la cité.

Il n'y eut que l'église qui protesta : elle considéra les Raoulin comme des martyrs de sa propre cause et les enterra à Notre-Dame où l'on voit leur épitaphe.

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Si cette mort, enveloppée de mystères, fut promptement entourée d'une légende qui fait apparaître ces trois jeunes officiers comme des victimes intéressantes que la trahison a livré à leurs assassins, on est néanmoins autorisé à croire qu'ils comparurent en accusés devant un tribunal.

Après cet événement, comme dit plus haut, les conflits religieux disparurent quelque peu au Havre. La liberté relative des cultes, résultat d'une lutte de 30 ans, fut subie plutôt qu'acceptée : les calvinistes n'eurent pas la France protestante qu'ils avaient rêvée, et les catholiques ne virent pas disparaître le protestantisme qu'ils voulaient supprimer.

Source : Histoire populaire de la ville du Havre, T. Garsault, 1893.

Voir aussi cet article : le massacre des frères Raoulin (suite).

Posté par Damien Patard à 17:28 - Les événements marquants - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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