Le Havre d'avant... ou l'histoire en photo de la ville du Havre et des Havrais avant la guerre...

Le Havre... toute l'histoire du Havre et des Havrais... avant le naufrage et les bombardements de 1944 ! Beaucoup de photos dans Le Havre d'aujourd'hui également...

30 août 2008

Chanson de Margaret

Dès lors que l'on évoque le vieux Havre et que l'on parle "chanson", une seule vient immédiatement aux oreilles des plus anciens d'entre nous. Je veux bien sûr parler de la Chanson de Margaret, écrite en 1957 par Pierre Mac Orlan et si brillament interprétée  par Germaine Montero...

André Devallière l'évoquait encore récemment dans un commentaire qu'il a laissé sur le blog à propos de la rue Beauverger. Il nous disait ceci :

"Je verrais bien, aussi, du côté de la Poissonnerie et de l’immeuble des Armateurs un panneau transcrivant la Chanson de Margaret, de Pierre Mac Orlan, avec ces vers...

« Mon Dieu ram’nez-moi dans ma belle enfance
Quartier Saint-François, au Bassin du Roi.
Mon Dieu rendez-moi un peu d’innocence
Et l’odeur des quais quand il faisait froid.
Faites-moi revoir les neiges exquises
La pluie sur Sanvic, qui luit sur les toits,
La ronde des gosses, autour de l’église
Mon premier baiser sur les chevaux d’bois ».

... qui furent chantés par Germaine Montero, Barbara et Juliette Greco, notamment.
C’est, à mon sens, l’hommage musical  le plus justement poétique, le plus précis de vérité qui puisse être rendu au Havre."


Je me suis amusé à faire un petit montage photo pour vous présenter cette chanson... j'espère que ceux qui ne la connaissaient pas l'apprécieront... et les autres aussi d'ailleurs !

Pour les utilisateurs d'Internet Explorer où l'affichage vidéo ne se fait pas, cliquez sur ce lien.

En voici maintenant les paroles :


Chanson de Margaret


C'est rue de la Crique que j'ai fait mes classes

Au Havre dans un star tenu par Chloé

C'est à Tampico au fond d'une impasse

J'ai trouvé un sens à ma destinée

On dit que l'argent c'est bien inodore

Le Pétrole est là pour vous démentir

Car à Tampico quand ça s'évapore

Le passé revient qui vous fait vomir

Oui j'ai laissé là mes joues innocentes

Oui à Tampico je me suis défleurie

Je n'étais alors qu'une adolescente

Beaucoup trop sensible à des tas d'profits

Les combinaisons ne sont pas toujours bonnes

Comme une vraie souris j'ai fait des dollars

Dans ce sale pays où l'air empoisonne

La marijuana vous fout le cafard.

On m'encourageait j'en voyais de drôles

Je vidais mon verre en fermant les yeux

Quand j'avais fait le plein j'voyais le pactole

Et les connaisseurs trouvaient ça curieux

Une fille de vingt ans, c'est pour la romance

Et mes agréments semblaient éternels

Mais par-ci par-là quelques dissonances

M'en ont mis un coup dans mon arc-en-ciel

C'est là que j'ai laissé derrière les bouteilles

Le très petit lot de mes petites vertus

Un damné matelot qui n'aimait que l'oseille

M'en a tant fait voir que je me reconnais plus

Oui, il m'a fait voir le ciel du Mexique

Et m'a balancée par un beau printemps

Parmi les cactus, dans le décor classique

Où le soleil vous tue comme à bout portant.

Un cock shangaïé, un soir de folie

A pris mon avenir comme un beau cadeau

Il m'a dit "petite, il faut qu'on se marie

Tu seras la fleur d'un joli bistrot

De tels boniments démolissent une femme

Je vivais déjà derrière mon comptoir

Les flics de couleur me disaient "Madame"

Bref, je gambergeais du matin au soir

Mon Dieu ramenez moi dans ma belle enfance

Quartier Saint François, au bassin du roi.

Mon Dieu rendez-moi un peu d'innocence

Et l'odeur des quais quand il faisait froid

Faites moi revoir les Neiges exquises

La pluie sur Sanvic qui luit sur les toits

La ronde des gosses autour de l'église

Mon premier baiser sur les chevaux de bois.

 

1957 - Pierre Mac-Orlan - Germaine Montéro

 

Lexique :

Un star : petit estaminet avec barmaid, au Havre vers 1901.

Shanghaïé : un engagé par surprise sur un bâtiment qui n'est pas le sien, (en argot de matelot).





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