30 août 2008
Chanson de Margaret
Dès lors que l'on évoque le vieux Havre et que l'on parle "chanson", une seule vient immédiatement aux oreilles des plus anciens d'entre nous. Je veux bien sûr parler de la Chanson de Margaret, écrite en 1957 par Pierre Mac Orlan et si brillament interprétée par Germaine Montero...
André Devallière l'évoquait encore récemment dans un commentaire qu'il a laissé sur le blog à propos de la rue Beauverger. Il nous disait ceci :
"Je verrais bien, aussi, du côté de la Poissonnerie et de
l’immeuble des Armateurs un panneau transcrivant la Chanson de
Margaret, de Pierre Mac Orlan, avec ces vers...
« Mon Dieu ram’nez-moi dans ma belle enfance
Quartier Saint-François, au Bassin du Roi.
Mon Dieu rendez-moi un peu d’innocence
Et l’odeur des quais quand il faisait froid.
Faites-moi revoir les neiges exquises
La pluie sur Sanvic, qui luit sur les toits,
La ronde des gosses, autour de l’église
Mon premier baiser sur les chevaux d’bois ».
... qui furent chantés par Germaine Montero, Barbara et Juliette Greco, notamment.
C’est, à mon sens, l’hommage musical le plus justement poétique, le plus précis de vérité qui puisse être rendu au Havre."
Je me suis amusé à faire un petit montage photo pour vous présenter cette chanson... j'espère que ceux qui ne la connaissaient pas l'apprécieront... et les autres aussi d'ailleurs !
Pour les utilisateurs d'Internet Explorer où l'affichage vidéo ne se fait pas, cliquez sur ce lien.
En voici maintenant les paroles :
Chanson de Margaret
C'est rue de la Crique que j'ai fait
mes classes
Au Havre dans un star tenu par Chloé
C'est à Tampico au fond d'une
impasse
J'ai trouvé un sens à ma destinée
On dit que l'argent c'est bien
inodore
Le Pétrole est là pour vous démentir
Car à Tampico quand ça s'évapore
Le passé revient qui vous fait vomir
Oui j'ai laissé là mes joues
innocentes
Oui à Tampico je me suis défleurie
Je n'étais alors qu'une adolescente
Beaucoup trop sensible à des tas
d'profits
Les combinaisons ne sont pas toujours
bonnes
Comme une vraie souris j'ai fait des
dollars
Dans ce sale pays où l'air
empoisonne
La marijuana vous fout le cafard.
On m'encourageait j'en voyais de
drôles
Je vidais mon verre en fermant les
yeux
Quand j'avais fait le plein j'voyais
le pactole
Et les connaisseurs trouvaient ça
curieux
Une fille de vingt ans, c'est pour
la romance
Et mes agréments semblaient éternels
Mais par-ci par-là quelques
dissonances
M'en ont mis un coup dans mon
arc-en-ciel
C'est là que j'ai laissé derrière
les bouteilles
Le très petit lot de mes petites
vertus
Un damné matelot qui n'aimait que
l'oseille
M'en a tant fait voir que je me
reconnais plus
Oui, il m'a fait voir le ciel du
Mexique
Et m'a balancée par un beau
printemps
Parmi les cactus, dans le décor
classique
Où le soleil vous tue comme à bout
portant.
Un cock shangaïé, un soir de folie
A pris mon avenir comme un beau
cadeau
Il m'a dit "petite, il faut
qu'on se marie
Tu seras la fleur d'un joli bistrot
De tels boniments démolissent une
femme
Je vivais déjà derrière mon comptoir
Les flics de couleur me disaient
"Madame"
Bref, je gambergeais du matin au
soir
Mon Dieu ramenez moi dans ma belle
enfance
Quartier Saint François, au bassin
du roi.
Mon Dieu rendez-moi un peu
d'innocence
Et l'odeur des quais quand il faisait
froid
Faites moi revoir les Neiges
exquises
La pluie sur Sanvic qui luit sur les
toits
La ronde des gosses autour de
l'église
Mon premier baiser sur les chevaux
de bois.
1957 - Pierre Mac-Orlan - Germaine Montéro
Lexique :
Un star : petit estaminet avec barmaid, au Havre vers 1901.
Shanghaïé : un engagé par surprise sur un bâtiment qui n'est pas le sien, (en argot de matelot).

