Une pierre commémorative du massacre des frères Raoulin dans l'église Notre-Dame
Ce billet fait suite à celui d'hier : le massacre des frères Raoulin (suite).
Toujours dans Esprit du Havre et ses aspects depuis ses origines, publié en 1951, Julien Guillemard cite un curieux article de Gabriel Ursin Langé qui évoque une plaque commémorative du massacre des frères Raoulin, plaque qui circula en plusieurs endroits de la ville. Voici ce qui en est dit :
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Dans un article sur les Raoulin, paru dans une revue littéraire en 1934, le délicat poète G.-U. Langé écrivait :
"Par les vieilles rues aux maisons d'ardoises, j'étais arrivé sur le côté méridional de Notre-Dame, au moment où l' "Angelus" achevait de mourir dans la robuste tour à feu." Et je ne sais pourquoi ces voix de cloches me rappelèrent la dramatique inscription de la chapelle Saint-Sébastien, et je pensais à la désolante histoire de l'assassinat des trois Raulin."
Suit la description de la chapelle, située dans le bas-côté Nord de l'église et portant le millésime 1603. Puis : "On a bien de la tablature pour lire le texte de la pierre commémorative des Raulin qui est près de l'autel, côté évangile, dans le mur. C'est pourtant là un point curieux de l'histoire intime du Havre. Sous la Terreur, l'église étant devenue le Temple de la Raison, la pierre des Raulin fut grattée et, jugée par quelques imbéciles de l'époque comme scandaleuse, fut jetée hors du temple que, paraît-il, elle souillait."
Cette pierre, rappelle M. Langé, fut utilisée plus tard par un maçon qui réparait la fontaine de la rue Fontaine-des-Viviers (aujourd'hui rue des Viviers). Comme elle était trop longue, il en scia un des côtés, et durant soixante ans elle fut une pierre anonyme parmi d'autres unies par le mortier. "On la retrouva en démolissant la fontaine pour le nivellement du trottoir et, après la restauration, on la plaça non à Notre-Dame, mais sur un pilier de la galerie du rez-de-chaussée du Musée-Bibliothèque. C'était en 1857."
Par la suite, cette pierre fut replacée à Notre-Dame, où elle est encore. Mais dans la chapelle Saint-Sébastien, sous laquelle reposent les trois Raoulin, on ne trouve plus aucune trace du tombeau que leur père avait fait placer, non plus "l'épitaphe de cuivre signalée par Joseph Morlent, dans son Guide du Voyageur au Havre en 1827, et qui existait encore avant la Révolution, enchâssée dans un des piliers de l'église", écrit notre confrère.
Cette plaque de cuivre, je l'ai vue plus d'une fois, mais au Musée, scellée dans le mur, à gauche, en descendant les deux ou trois marches de la galerie basse, et je me souviens que la première fois, étant enfant et ignorant tout des Raoulin, elle me fit beaucoup penser et m'incita à connaître l'histoire de ces trois officiers malchanceux. Depuis, elle a voyagé ; pas très loin du reste. Elle est allée au Musée de l'Abbaye de Graville. En voici le texte exact :
"Ici reposent les corps de Isaye Raoulin, écuyer, sieur de la Regnardière, vivant cornette de la compaignie des gens à cheval de feu Mgr de Villars, vivant admiral de France et gouverneur pour le roy en la ville de Grâce ; de Pierre Raoulin, écuyer, sieur de Saint Laurens, vivant lieutenant en la compaignie de gens de pied, entretenus par le roy en Normandie ; et de Jacques Raoulin, écuyer, sieur de Rogerville, vivant enseigne de la compaignie des gens de pied, fils uniques de Robert Raoulin, écuyer, avocat en parlement, décédés en cette ville du Havre de Grâce, le 16ème jour de mars 1599, en une même heure ; priez Dieu pour leurs âmes."
Dans sa brochure, V. Toussaint donne le texte intégral d'un acte passé en l'église Notre-Dame le 30 août 1602, suivant lequel le père des trois frères Raoulin fit un don "de trois écus un tiers de rente par an" pour que "chaque an perpétuellement et à toujours à l'avenir" fussent dit deux services, une vigile et une messe de Requiem sur leur tombeau.