Le Prieuré de Graville, un monument dans l'Histoire (2/8)
Repartons là où l'on s'était arrêté hier...
La partie la plus ancienne du Prieuré (la nef de l'église, à gauche du cliché) date de la seconde moitié du XIe siècle. Elle a été construite grâce à un legs de Guillaume Mallet de Graville, revenu richement doté de sa campagne d'Angleterre auprès de Guillaume le Conquérant. Ce prieuré avait été construit au départ pour y installer des clercs.
Le fait de choisir Graville pour édifier ce prieuré ne doit rien au hasard. En effet, il faut savoir que des moines occupaient déjà les lieux depuis au moins la fin du IXe siècle. A cette époque, sous le règne d'Eudes Ier, les religieux de Graville auraient abrité et protégé les reliques de Sainte-Honorine pendant une dizaine d'années (888-898). Ces reliques auraient été envoyées à Graville par les religieux de la cathédrale de Bayeux qui craignaient une attaque des Normands par l'Ouest. Eudes Ier tenait alors la Vallée de la Seine en respect et les religieux de Bayeux pensaient les reliques plus en sécurité à Graville qu'à Bayeux. Il est logique de penser qu'eux-mêmes les avaient accueillies à Bayeux pour les protéger puisque d'ordinaire, des reliques de femmes étaient gardées dans des couvents de femmes. Seulement, en 898, Eudes Ier meurt et les conflits reprennent dans la Vallée de la Seine. Les reliques sont de nouveau en danger et c'est alors qu'elles prennent le chemin de Conflans-Sainte-Honorine.
Néanmoins, cela ne nous explique pas pourquoi ces religieux choisirent Graville pour y envoyer les reliques de la Sainte. Là, encore, rien n'est dû au hasard... Ils choisissent ce lieu parce que des moines y étaient installés depuis au moins le milieu du VIe siècle. A cette époque, la Vallée de la Seine n'était pas complètement christianisée... Les grandes villes, comme Bayeux ou Rouen, l'étaient déjà largement, mais pas les contrées plus reculées, loin des villes. Les religieux de la cathédrale Saint-Vigor de Bayeux (encore eux) choisissent alors d'envoyer des moines pour évangéliser la région. A Graville, mais aussi à une dizaine d'autres endroits situés en bordure de Seine entre son embouchure et Mantes, à flanc de coteau, des ermitages sont installés. Saint-Vigor est souvent représenté terrassant le dragon et ces ermitages étaient le plus souvent liés à une légende de dragon ou situés sur des terrains portant le toponyme de Dragon, comme c'est le cas à Graville.
Ici, ils bénéficient de grottes qui avaient pu être utilisées dès les temps les plus anciens comme abris sous roche. Elles sont encore visibles au Nord du cimetière actuel. Lors d'un de ses précédents billets, Phyll avait d'ailleurs eu l'occasion d'en parler et surtout d'y pénétrer avec Dan... chance assez rare puisque l'accès y est interdit en temps normal.
On constate la présence discrète de l'homme dans ces lieux... ici, des abreuvoirs à bestiaux, taillés directement dans la roche calcaire. Ils datent très certainement du XVIIe siècle, époque où les moines vivaient encore en autarcie. Mais quelquefois, cette présence est encore un peu plus manifeste...
Dan dans une de ces fameuses grottes, au milieu d'un beau capharnaüm !
Je ne sais pas qu'elles sont les règles de sécurité entourant ces lieux, mais il est un peu dommage de ne pas les mettre en valeur, et surtout de les utiliser comme dépotoir, tant à l'intérieur même, qu'à leurs abords...
M'enfin, ce n'est que mon avis, même si je pense qu'il sera partagé par d'autres.
Toutes les informations partagées dans cet article sont tirées des différents panneaux présentés à l'exposition "Le Prieuré de Graville, un monument dans l'Histoire" ainsi que des commentaires éclairés d'Elisabeth Leprêtre, conservatrice des musées historiques du Havre, faits lors de la visite inaugurale.
Elles ont été apportées par Jacques Le Maho, chercheur au CNRS, qui a particulièrement travaillé sur l'histoire de ces ermitages dépendant de la cathédrale Saint-Vigor de Bayeux en Basse-Normandie. Au cours de ses recherches, il a aussi été amené à travailler sur le Prieuré de Graville et sur les légendes entourant les reliques de Sainte-Honorine... Il ne reste plus qu'à souhaiter qu'un ouvrage de vulgarisation soit édité pour fixer ces données par écrit et les offrir aux passionnés d'histoire locale...
Merci aussi à Phyll de m'avoir autorisé à publier deux de ses photos...
Demain, promis, on entre dans le musée du prieuré... les photos sont maintenant triées !







