Le Prieuré de Graville, un monument dans l'Histoire (7/8)
J'aime rêver... et parfois, ces rêves m'emmènent dans un Havre des temps anciens, un Havre que je n'ai pas connu mais dans lequel je me vois souvent déambuler... et pas plus tard que la semaine dernière, j'ai eu un flash !
J'étais devant la maison du Passeur !
J'ai frappé sur la lourde porte, histoire que l'on m'ouvre et que je puisse découvrir l'intérieur mais j'ai trouvé portes closes ! Personne... J'ai donc continué ma route jusqu'à la rue du Grand Croissant, au 19, une adresse que je connaissais bien.
Mais là-encore, personne ! Je me suis donc approché pour voir ce qui se passait par la fenêtre, et alors, bing !!!
Ma tête a heurté une épaisse étagère, et au lieu de m'évanouir, je me suis réveillé et je suis retourné à la réalité... les pieds bien sur terre !
J'étais au premier étage du Prieuré de Graville, dans la pièce consacrée à l'exposition des vieilles maisons de Jules Gosselin !
J'ai alors pris du recul et ai observé différemment les deux demeures évoquées ci-dessus...
La Maison du Passeur, vieille bâtisse du XIV ou XVe siècle, construite en tous cas bien avant la fondation du Havre et détruite en 1832. Elle était située 5, rue Royale (Général Faidherbe), dans le quartier Saint-François.
Le 19, rue du Grand-Croissant, vieille demeure du XVe siècle, bien évidemment détruite aujourd'hui...
En me retournant, je m'aperçus qu'il y en avait bien d'autres, pas toutes du Havre...
L'Auberge "Au bon cidre" à Montivilliers (place de l'église), construite au XVe siècle et détruite en 1840.
Le Manoir de Réauté, toujours à Montivilliers, demeure du XVIe siècle encore debout aujourd'hui.
Le Prieuré, bâtiment de la fin XVe - début XVIe siècle, situé rue de la République à Harfleur, classé le 6 mai 1959 et devenu aujourd'hui Musée municipal.
Enfin, pour finir, la maison natale de Jules Gosselin, à Gonneville-la-Mallet.
Pour la petite histoire, "Jules Gosselin est né en 1863 à Gonneville-la-Mallet, mais c'est à Bolbec qu'il passa la plus grande partie de sa vie et qu'il construisit la majeure partie de sa collection de maisons. Plus tard, il se retira à Sanvic où il meurt en 1936.
Sa vocation de maquettiste commence dès l'âge de vingt ans et ne le quitta plus jusqu'à sa mort. C'est en effet à vingt ans qu'il réalise sa première maquette : sa maison natale, maison rurale du Pays de Caux, à Gonneville-la-Mallet. Il n'a probablement pas dans l'idée en réalisant cette première oeuvre d'entreprendre cette "histoire rétrospective de l'habitation humaine", comme il le dit lui-même, que fut finalement son oeuvre.
Ces maquettes sont toutes réalisées avec des matériaux simples : plâtres, bois, osier, tissus, cuir, peinture. Toutefois, à partir de ces matériaux, Jules Gosselin a toujours cherché la reproduction fidèle, transformant, mêlant les matériaux. Outre la maison, l'auteur a cherché, lorsque c'était possible, à présenter le site dans lequel s'élève ou s'élevait cette demeure : piton rocheux, lac, forêt, etc.
Si la technique n'évolue guère au fil des années, le souci du détail, du réalisme, s'affirme. Ainsi aux premières maisons réalisées principalement en plâtre et en bois ont succédé des maquettes réalisées à partir de matériaux plus divers et plus proches de la réalité : fenêtre en verre, figuration des tissus, véritable torchis pour les colombages...
"L'histoire rétrospective de l'habitation humaine", telle que l'a voulue et réalisée Jules Gosselin est avant tout un témoin unique en son genre de maisons en partie aujourd'hui disparues, que ces maisons aient existé dans la réalité ou qu'elles fussent des réalisations éphémères de l'exposition universelle d'architecture de 1889.
En effet, Jules Gosselin n'a jamais complètement inventé ses modèles mais il s'est toujours au contraire référé à des modèles qu'il avait trouvés au hasard de ses recherches : visites, promenades, lithographies, guides touristiques. Gosselin s'est également servi de livres d'architectures illustres tels que Viollet le Duc mais aussi et surtout du livre de Charles Garnier (architecte de l'Opéra de Paris) et Amman (membre de l'Institut) : "L'Habitation humaine". Ce livre sera véritablement son livre de chevet et sa source privilégiée et à travers lui l'Exposition Universelle d'Architecture de 1889.
En effet, lors de l'Exposition Universelle de 1889, Charles Garnier avait présenté une histoire de l'habitation humaine réalisée à partir de quarante quatre maquettes grandeur nature de maisons de tous les temps et de tous les pays. Ces maisons étaient réalisées selon une vision de l'histoire de l'humanité définie par l'auteur quelques années plus tard dans son livre.
Gosselin ne reprit pas à son compte la vision présentée par Garnier et qui fut d'ailleurs très contestée, sinon dans son fonds, du moins dans sa forme : un tiers des maisons était soit incomplètes, soit fantaisistes. L'auteur des maquettes se contente de prendre dans l'oeuvre de l'architecte des modèles. Ces modèles lui servent à illustrer sa propre vision de l'histoire rétrospective de l'habitation humaine, vision très influencée par le romantisme et ses prolongements que furent le développement de l'exotisme, du régionalisme et pour une certaine part de l'archéologie".
Aujourd'hui, toute cette collection unique en son genre de maquettes de maisons dite "Collection Gosselin", du nom de leur auteur, est exposée au Musée du Prieuré de Graville, et ce, depuis 1949.
Je n'ai présenté que quelques clichés des maisons de cette collection, clichés des maisons havraises ou de la proche banlieue, mais il y en a un nombre impressionnant.
Le texte en italique est celui de l'exposition "Le Prieuré de Graville, un monument dans l'Histoire".








