14 avril 2008
Les noms des rues et de la ville
Les principales rues dans le premier siècle qui suivit la fondation du Havre étaient les rues de Sainte-Adresse, (devenue rue d'Estimauville), de Saint-Michel (devenue rue de Paris) et la rue Françoise (devenue rue de la Gaffe).
On peut reconnaître parmi les voies d'avant guerre beaucoup de rues d'alors qui aboutissaient aux bassins. Ce fut l'ingénieur Bellamarto qui fut chargé de tracer les rues au nord de la rue de la Halle et de la place du Vieux-Marché, ainsi que celles du quartier Saint-François. Pour la salubrité de la ville, il voulait établir un système d'égouts destinés à amener dans le port les immondices des grandes rues. Dans la pensée de l'ingénieur, derrière les artères principales devaient être aménagées, à cet effet, de petites rues qui n'étaient pas destinées à être habitées. C'est ce qui expliquerait l'existence des rues étroites du Petit-Croissant, d'Edreville, Saint-Pierre, parallèles aux grandes rues Faidherbe, Dauphine et de Paris.
Les noms des rues du Havre ont diverses origines. Quelques-uns viennent des enseignes des maisons, alors que les rues n'étaient pas numérotées. D'autres prirent le nom des habitants, telle la rue d'Estimauville. Beaucoup proviennent de leur disposition ou de leur situation. Exemples : la rue Saint-Michel, qui menait à l'église paroissiale d'Ingouville ; la rue de Sainte-Adresse qui, prolongée, menait au village du même nom ; la rue du Pont-des-Barres, qui conduisait au pont du même nom ; la rue Notre-Dame, qui longeait l'église Notre-Dame ; la rue Françoise ainsi appelée du nom du fondateur de la ville ; les rues Saint-Eloi, Saint-Julien; Saint-Martin, du nom des Saints.
Les noms de ces rues ont varié au XVIIème siècle et surtout pendant la Révolution. La rue d'Estimauville fut un moment la rue du Chat qui danse. La rue Saint-Michel est devenue la rue de Paris, la rue du Pont des Barres fut appelée la rue des Drapiers, etc.
De son côté, le nom même de la ville fluctua les premières décennies de son existence. Le nom de ville Françoise paraît pour la première fois, dans un document officiel en 1530. Le roi écrit : "Notre ville Françoise de Grâce que nous avons fait bâtir et édifier et à laquelle nous avons donné notre nom en perpétuelle mémoire de nous". Jusque-là, on avait employé les expressions : lieu de Grasse, port de Grasse ou Grâce. Le nom de Havre (qui veut aussi dire 'port' dans le sens de refuge) seul est resté. Un 'havn' dans les langues scandinaves est un 'port', un 'refuge'. On retrouve d'ailleurs ce mot en anglais dans des villes comme Newhaven.
13 avril 2008
Les armoiries du Havre
Chaque ville autrefois possédait des armoiries, un blason. C'était le signe de son existence et de sa personnalité civile. Elle le faisait sculpter au fronton de ses monuments, broder sur ses oriflammes et les étendards de sa milice ; ses actes en étaient revêtus.
Les armoiries du Havre datent de François Ier, qui avait pris pour devise une salamandre. Ce sont ses armes qui sont devenues les armes mêmes de la ville : un écusson de gueules (rouge) à la salamandre d'argent sur un brasier d'or ; au chef d'azur (en haut, bleu), chargé de trois fleurs de lys d'or (emblème du pouvoir royal).
On inscrivit au-dessous cette devise : Nutrisco et extinguo : "Je nourris et j'éteins", ce qui aurait le sens de : "je soutiens les bons et j'anéantis les méchants."
Parallèlement, le quartier de Graville-Leure, eut aussi des armoiries symboliques, données par Jean-Baptiste Eyriès, représentant un marais coupé par trois criques et trois barres, ce qui auraient aussi pu convenir au Havre...
Les armoiries de la ville aujourd'hui
Voici la description des armoiries actuelles en termes héraldiques "de gueules à une salamandre d'argent, couronné d'or sur un brasier du même ; au chef cousu d'azur chargé de trois fleurs de lys d'or et surchargé d'un franc-canton de sable au lion d'or, armé et lampassé de gueules". On peut la trouver sur le site de la Ville du Havre, rubrique 'Les armoiries de la ville du Havre : en savoir plus...'
Ce site précise que le blason havrais ne comportait au XVIème siècle que la salamandre, probablement concédé par François 1er, au titre de ses armoiries particulières.
Les trois fleurs de lys, armes des rois de France, furent ajoutées sans autorisation sous le gouvernorat du duc de Saint-Aignan (1664-1689) et surmontées d'un soleil rayonnant, symbole du pouvoir qui ne disparut des armoiries du Havre qu'au XXe siècle.
Celle de gauche fut recouverte par d'une partie noire portant un lion d'or... : le lion du royaume de Belgique, ajouté en 1926 avec l'autorisation de celui-ci et recouvrant l'une des trois fleurs de lys, perpétue le souvenir du séjour en exil du gouvernement belge entre 1914 et 1918, et celui de sa reconnaissance pour l'accueil réservé à ses ressortissants réfugiés au Havre.
Enfin, en 1949, la Ville du Havre fut citée dans l'ordre de la légion d'Honneur, au grade de chevalier, avec l'attribution de la Croix de guerre avec palme (décret du 28 février 1949 paru au Journal Officiel du 27 avril 1949). La remise officielle à la Ville par le président de la République Vincent Auriol eut lieu au Havre le 18 juillet 1949.
27 février 2008
Le Havre, avant sa fondation en 1517...
Dans les commentaires d'un précédent billet sur les Manuscrits retrouvés de Jacques Augustin Gaillard, 'stalin', un lecteur passionné par l'histoire du Havre m'a laissé ce message : "je
trouve étonnante la vue de 1500 avec une implantation de maisons et la
passe ouverte coté mer. Est-ce une vue de l'artiste ou une expression
historique qui contredirait tout ce que je sais des travaux qui ont
fondé le port puis la ville à partir de 1517 (accès par la fosse
de Leure, barre de galets interdisant une entrée par l'ouest et
uniquement une vieille chapelle difficilement localisable). Cette interrogation très pertinente méritait je trouve une réponse un minimum fouillée, d'où ce post.
Tout d'abord, pour ceux qui ne l'aurait pas vue, voici la vue de 1500 en question, dessinée par Gaillard, toujours extraite de l'ouvrage de Hervé Chabannes :
Je ne suis ni spécialiste de Gaillard, ni chercheur ou grand spécialiste de la fondation du Havre, toutefois, je peux affirmer plusieurs choses.
Gaillard s'est servi de plans existants, trouvés dans des archives, pour dessiner les siens. Hervé Chabannes a expliqué que c'était notamment très visible sur le plan n°2, puisqu'on avait trace des trois bateaux y figurant sur le plan d'un autre érudit dont j'ai oublié le nom. Ce bateau, c'est la Grande Françoyse, le plus gros navire jamais construit à l'époque de François Ier. En bas à droite, on découvre sa construction dans la crique de Leure ; en bas à gauche la tentative de sortie du navire du port du Havre, mais ayant un trop grand tirant d'eau, il ne put jamais passer la tour François Ier ; et en haut du plan, on a trace de son retour à côté du bassin du Roy où la grande Françoyse finira par s'échouer. Démontée, son bois servit à construire bon nombre de maisons du quartier des Barres.
Toujours selon Hervé Chabannes et surtout Jacques Augustin Gaillard, il est clair que Le Havre était déjà habité avant l'acte de fondation du Havre en 1517. Ce n'est pas par hasard que cet endroit fut choisi. On ne peut imaginer un tel endroit, avec trois petites criques sans au moins un petit village de pêcheurs. 'Stalin' parlait de chapelle, mais qui dit chapelle, dit présence humaine autour... On a aussi trace d'une présence humaine (village) du côté de Leure dès le XIème siècle, donc bien avant la création du havre, même s'il semble que ce lieu était désaffecté lorsqu'on fonda Le Havre. Dans son Précis chronologique, Jacques Augustin Gaillard indique ainsi à l'année 1531 : construction de l'église Notre-Dame à la place d'une petite chapelle bâtie en bois et couverte en chaume, qui existait dès 1450. Il ajoute dans son introduction que cette chapelle était dédiée à la Sainte Vierge, sous le titre de Notre Dame de Grâce, d'où le port a tiré son premier nom de Havre de Grâce. Cette même chapelle étant devenue trop petite pour le nombre d'habitants qui croissait toujours, on bâtit en 1531 l'église évoquée plus haut. Le Havre de Grâce existait donc dès 1450, non comme une ville mais comme un bourg ouvert et un port qui avait déjà rendu des services et qui pourrait en rendre de plus grands par la suite. Mais François Ier en fut vraiment le père et le fondateur : c'est à lui que Le Hâvre doit son premier lustre et son accroissement. Gaillard conclue ainsi son introduction : d'après ce qui vient d'être exposé [j'ai fait une vraie coupe dans le texte...], l'on peut conclure que d'un petit asile de pêcheurs dans son origine, le port du Hâvre est devenu un port [en 1824] en état de recevoir les navires de la plus grande dimension et peut passer pour un des plus beaux établissement de l'Europe. Le Hâvre donc ne fut d'abord composé que de quelques cabanes éparses sur le rivage, le nombre s'en augmenta à mesure que le terrein s'étendait, il devint un petit village qui fut changé en ville qui n'est pas encore dans l'état de splendeur où elle peut parvenir.
Dans un précédent billet à propos du Café du Vieux Havre, j'ai également cité un article de presse daté de 1934, écrit par Alphonse Petit, journaliste au Petit Havre et membre entre autres de la Société Havraise d'Etudes Diverses et des Amis du Vieux Havre (Centre Havrais de Recherche Historique). Il écrivait ceci : dans un temps vraisemblablement très proche, l'immeuble portant les numéros 27 et 29 du Quai Notre-Dame va être livré aux démolisseurs. Quel est cet immeuble ? Tout simplement l'une des plus anciennes maisons de notre ville, car elle fut vraisemblablement construite sur le bord de la crique qui allait devenir plus tard le bassin du Roy, et son édification doit remonter bien avant que François Ier ait, par son ordonnance, décidé de la construction de la Ville Françoise. [...] Cette maison est vraisemblablement antérieure à la création du Havre, car les personnes mal informées auraient tort de croire que Le Havre fut créé de toutes pièces sur un terrain absolument nu, encore inhabité. Il suffit, pour se convaincre qu'il n'en était pas ainsi de se reporter à la charte de François Ier. Celle-ci est ainsi libellée : "Avons vouloir et intencion au long dud. port et havre de Grasse, faire construire et édiffier forteresse, et ville close, et laquelle afin qu'elle puisse estre peuplée et que en iceluy lieu se habituent gens de tous estaz, nous a semblé faire certaine exemption et affranchissment à tous ceux qui de présent y sont habituéz et que cy après il viendroit habiter et faire bastir en lad. ville..." Donc, lors de la signature de la charte, il est déjà question de "tous ceux qui de present y sont habituéz". Combien étaient-ils d'habitants en cette région ? De combien de logis disposaient-ils ? Il est assez malaisé de le dire. L'on trouve cependant dans l'Histoire de la Ville du Havre, de Borely, une "liste des habitants du Havre qui, en 1524, avaient acquis des places pour y bâtir, ou y avaient déjà des maisons". Ils étaient au nombre de 127, et, vraisemblablement, il y a dans cette liste, le nom de celui qui, à cette époque, était propriétaire de l'immeuble du quai Notre-Dame.
Je n'ai pour l'instant pas d'autres éléments formels à apporter à 'Stalin' ou à toute autre personne qui se poserait la même question que lui, posée en préambule. Toutefois, les éléments de réponse en ma possession tendent à montrer qu'il y avait bien des constructions et des habitants à l'endroit même où Le Havre fut créé, c'est-à-dire à hauteur du futur quartier Notre-Dame. Dans le même temps, Jean Legoy dit dans son ouvrage Le Peuple du Havre et son histoire, des origines à 1800, que si la Crique de Grasse est connue des marins de la région et qu'elle sert depuis longtemps d'abri aux bateaux de petit tonnage, cette zone vierge de toute habitation, laisse une entière liberté d'implantation ; car c'est une création "ex-nihilo" qu'envisage Du Chillou...
A vous peut-être maintenant, avec ces éléments, de vous faire une idée sur la question, et si vous avez d'autres 'pièces à conviction', à ne pas hésiter à les partager en en faisant mention dans les commentaires.






