24 septembre 2008
L'abri chirurgical de l'Hospice Général (2/2)
Avec un peu de retard, je termine mon article commencé dimanche sur l'abri chirurgical de l'Hôpital Flaubert.
Cet abri a été nettoyé et remis en valeur en 1994, par les Services Techniques du Groupe Hospitalier Havrais, et l'aide de bénévoles de l'association Mémoire et Patrimoine Le Havre 1939-1945. Ce travail a notamment été possible grâce aux recherches et l'investissement personnel de Jean-Paul Dubosq.
Lors de l'inauguration, le 20 décembre 1994, une plaque à la mémoire des personnes qui ont oeuvré en ces heures tragiques de septembre 1944 est apposée au-dessus de l'entrée ouest de l'abri.
Dix ans plus tard, le 19 septembre 2004, on inaugure un marbre gravé en reconnaissance du travail réalisé par les secouristes, les infirmiers (ères), les religieux (euses), mais également en mémoire des 5.126 victimes civiles des bombardements au Havre entre 1940 et 1944. La salle où il est apposé devient alors une véritable "chapelle ardente" afin de conserver la trace de leur sacrifice.
Comme le souligne le guide de la visite, rédigé par les membres de l'association, "une pensée à toutes celles et ceux dont la violence des bombardements a brisé la vie et aux victimes innocentes qui ont été apportées dans cet abri pour y être soignées, dans des conditions de souffrance horribles" est demandée à ceux qui pénètrent en ces lieux...
"Hommage aussi aux secouristes, personnel soignant, religieux ayant oeuvré sans relâche pour transporter, soigner, réconforter les Havrais pris dans la tourmente de septembre 1944"...
J'ai "emprunté" cette photo à Phyll qui a aussi rédigé un article sur cet abri, car sur la mienne, l'inscription sur la plaque n'était pas visible...
Brassard et casques de la Défense Passive et de la Croix Rouge.
Hommage aux Equipiers Nationaux tombés lors des bombardements du 5 septembre 1944. Le panneau fut placé directement sur les ruines du "Guillaume Tell", lieu où périrent ces malheureux. A propos de ce sinistre événement, vous pouvez aussi lire ce billet.
Une fois ressorti de cette chapelle ardente, on accède à une nouvelle salle où se trouvent exposés un groupe électrogène et un tableau électrique...
Dans cette même pièce se trouve une cheminée de ventilation et d'évacuation des gaz, avec son échelle métallique d'accès.
Par cette cheminée, les personnes présentes dans l'abri entendaient les avions voler au-dessus de la ville et les bombes tomber à proximité... Cette cheminée est toujours visible à l'extérieur de l'abri. Elle est située dans l'enceinte de l'Hôpital Flaubert, non loin du pavillon de la Direction.
Enfin, pour finir, dernière pièce de cet abri, les sanitaires, qui, si elles sont inutilisables aujourd'hui, étaient indispensables à l'époque...
21 septembre 2008
L'abri chirurgical de l'Hospice Général (1/2)
Journées du Patrimoine obligent, et compte tenu de mes précédents billets sur l'Hôpital Général et sur le siège du Havre pendant la Seconde Guerre Mondiale, j'ai eu particulièrement envie ce week-end, d'aller visiter l'abri chirurgical souterrain de l'Hôpital Flaubert.
Cette manifestation était organisée par l'Association Mémoire et Patrimoine Le Havre 1939-1945. Tous les documents présentés sont soit des photos prises directement sur les lieux, soit des extraits de l'ouvrage de Jean-Paul Dubosq, membre fondateur de cette association : Le Havre 1939-1944, les abris sanitaires civils et allemands, Editions Bertout, Luneray, 1992.
Cet abri sanitaire fut construit sur décision de la Ville du Havre dès le début de l'année 1942. Les travaux furent réalisés par les Entreprises Grieu et Colboc. Il sera opérationnel en 1944, bien qu'équipé sommairement.
Il avait deux entrées situées à l'époque dans le mur de soutènement à l'est de la buanderie, détruite depuis (à l'ouest de l'actuel bâtiment de la direction).
Sur cette photographie datée du début de la fin des années 80, la seconde entrée du souterrain-abri se trouve derrière les parpaings sur la palette. On aperçoit devant le bâtiment de la direction le dernier vestige de la ferme où fut édifié l'Hôpital de 1669. Ce bâtiment n'existe plus aujourd'hui...
Voici le plan d'ensemble de l'Hôpital et la localisation de l'abri chirurgical.
Et maintenant, le plan de cet abri, construit selon le modèle des abris chirurgicaux de la Défense Passive. Il possède une galerie principale d'une longueur de 30 m. environ, parallèle au mur de soutènement. Celle-ci est reliée avec l'extérieur, par deux galeries plus petites, longues de 20 m. environ, possédant chacune une chicane anti-souffle.
Dix alvéoles, réparties de chaque côté de la galerie principale, ont les fonctions suivantes :
- une, pour les sanitaires ;
- une, abritant un groupe électrogène Renault prévu pour alimenter l'abri en énergie de secours (éclairage, appreil de radiologie, charge des accumulateurs 24 V). L'alimentation normale était assurée par un branchement sur le réseau public ;
- une, pour une réserve d'eau de 5 mètres cube ;
- deux, pour les soins et opérations de première urgence ;
- cinq, servant de chambre, dans lesquelles étaient disposés des ensembles de trois lits superposés.
D'autres châlits étaient alignés dans le couloir principal, augmentant ainsi la capacité de l'abri à 120 personnes environ. Ils avaient été fabriqués par l'entreprise de menuiserie Le Petit.
Le couloir principal.
Des panneaux "Zone infectée" furent disposés à l'entrée des abris chirurgicaux après la libération par les services sanitaires, afin d'interdire leur accès, au risque d'épidémies. Ceux-ci furent trouvés dans l'abri du Mont-Joly.
Une chambrée pour convalescents : douze personnes y étaient alitées...
Du matériel divers exposé dans cet abri : outils médicaux et chirurgicaux, désinfectants, masques à gaz...
Reconstitution d'une salle d'opération... C'est dans des lieux comme celui-ci que furent sauvés nombre de personnes grâce au courage et au dévouement d'une poignée d'hommes et de femmes, chirurgiens, docteurs, secouristes... Toutefois, aucune comptabilité n'ayant été tenue, on ne peut chiffrer ce nombre.
Les personnes ayant communiqué leur témoignage à Jean-Paul Dubosq ont en commun le souvenir d'un couloir éclairé par quelques lampes donnant une lueur blafarde, les gémissements, râles et pleurs des blessés, une chaleur étouffante et une odeur insupportable...
Un appareil de stérilisation.
Je poursuivrai le récit de cette visite demain, en parlant essentiellement des secouristes, infirmiers (ères), religieux (euses) qui oeuvrèrent dans cet abri chirugical...
Les textes de cet article doivent beaucoup à l'ouvrage de Jean-Paul Dubosq mentionné plus haut, ainsi qu'à la plaquette "Guide de la visite" distribuée à l'entrée de l'abri...
Vous pouvez compléter ce billet en allant faire un tour sur le blog de Phyll qui publie également aujourd'hui un article sur cet abri chirurgical... C'est ici. Il a notamment des photos complémentaires des miennes... Bonne visite !
22 août 2008
L'Hôpital général du Havre, aux XIXe et XXe siècles...
Reprise aujourd'hui de l'historique de l'Hôpital général du Havre... Vous pouvez retrouver le début de cet historique ici :
Les constructions du XVIIe siècle évolueront peu jusqu'au XIXe siècle.
"Vüe de l'Hôpital pris du pavillon de le Villain au Havre le 25 août 1808",
par Charles-Alexandre Lesueur, Muséum d'histoire naturelle du Havre.
Au centre de la composition des bâtiments, on trouve la chapelle déjà évoquée dans les posts précédents, élément essentiel dans la conception des bâtisseurs, marquant que, dans l'établissement, on s'occupe autant des âmes que des corps. Cette chapelle, qui paraissait trop vaste en 1669, s'avère insuffisante à l'aube du XIXe siècle : elle contient 300 places et la population hospitalière est de 1.000 à 2.000 personnes dont la moitié est susceptible d'assister aux offices. Une nouvelle chapelle sera construite en 1880 après démolition de la première. Elle sera finalement inaugurée le 2 novembre 1882 par le vicaire génaral Margueritte.
La chapelle, inaugurée en 1882. Vue prise peu avant sa démolition.
Une des cloches de la chapelle (1863) aujourd'hui au Carmel du Havre.
Seulement, si la chapelle s'avère trop petite pour la population hospitalière, il en va de même pour les bâtiments hospitaliers. Du coup, des constructions nouvelles vont voir le jour au XIXe siècle.
En 1834, on décide que sur la partie est, de la salle des marins jusqu'en face de l'allée d'entrée, il n'y aura qu'un seul corps de bâtiment, du nord au sud, le bâtiment nord étant prolongé pour clore le quadrilatère ainsi constitué. La nouvelle construction sera en brique et dans le même style et les mêmes proportions que celles qui existaient déjà. Il y a donc un souci d'uniformité architecturale, dans le plan et dans le style, qui mérite d'être souligné.
En septembre 1835, on ajoute un bâtiment pour les cuisines.
En juillet 1838, on décide de construire une galerie formant perron tout au long de l'aile nord, d'ouvrir des croisées dans les cuisines et de procéder au nivellement du sol et à l'établissement de ruisseaux.
En janvier 1840, on décide d'agrandir le bâtiment des femmes, sur 30 mètres de long, toujours sur le même modèle, en prolongeant celui existant vers l'ouest. Edifié d'un rez-de-chaussée et d'un étage, il contiendra quarante lits et sera consacré aux femmes malades.
En mai 1846, on approuve les plans d'un bâtiment pour les vieillards, par surélévation du bâtiment aux étoupes. On décide aussi de prolonger le bâtiment nord à l'est, de reconstruire et prolonger les bâtiments sud, de part et d'autre de la chapelle et de convertir le comble de la chapelle en dortoirs.
En 1853, on étudie la construction d'un bâtiment pour les garçons rentrés des campagnes.
En 1856, on adopte le plan de Brunet-Debaines (l'architecte qui a dessiné l'Hôtel-de-Ville du Havre, construit entre 1855 et 1859) pour la construction d'un bâtiment pour les hommes. En août, on décide de construire vers le nord, un nouveau corps de bâtiment, notamment à cause de l'augmentation de la population de la ville et des marins étrangers. Rappelons que les communes d'Ingouville, de Leure, une partie de Sanvic et de Graville ont été annexées par la ville du Havre en 1852. Le nouveau bâtiment comprendra trois salles de vingt-huit lits.
En 1859, on parle de reconstruire le "mouroir" et de construire un bâtiment pour les lieux d'aisance.
En 1860, c'est un projet de bâtiment pour les femmes incurables qui est à l'étude. On décide finalement de construire un bâtiment pour les jeunes filles de douze ans et plus, à l'ouest de celui occupé par les garçons.
En août 1861, on agrandit la crèche.
Seulement, tous ces projets "décidés" par la Commission de l'Hôpital général du Havre ne verront pas le jour. Le 20 juin 1864, on décide (!) de réaliser tous les projets décidés antérieurement et non réalisés...
En 1870, constatant que les cabanons pour les fous et les folles sont humides, construits en pans de bois, ouvrant directement sur les cours, sans chauffage, sous l'ardoise, en un mot insalubres, on décide de construire sur le même emplacement un quartier pour les fous.
Finalement, voici le plan d'ensemble de l'Hôpital général avant 1880. La chapelle évoquée au début de l'article est encore à l'entrée. On peut noter l'augmentation des constructions par rapport au plan de 1712, visible dans l'article L'Hôpital général du Havre, en 1669...
Plan de l'Hôpital général avant 1880.
Pourtant, malgré toutes ces constructions, l'hôpital se révèle vraiment trop petit. Les constructions au coup par coup, et presque au cas par cas, ont en plus conduit à un mélange des services. Enfin, pendant la guerre de 1870-1871, est parue ce qu'on a appelé "la pourriture des hôpitaux".
Le 25 août 1874, la commission retient la solution de construire un "nouvel hospice" pour les vieillards et enfants malades. J'en parlerai dans des posts futurs. Cet hôpital ne sera inauguré qu'en 1885. Du coup, à partir de cette date, la question de cette nouvelle construction est posée et tout projet de construction ou de réaménagement de l'hôpital y sera associée. Un plan d'ensemble est adopté le 24 février 1880 pour éviter les inconvénients produits par des constructions au coup par coup.
Toutefois, la construction de ce nouvel hôpital ne va pas empêcher les nouvelles constructions dans l'enceinte de l'hôpital général.
En 1895, un pavillon pour les malades, parallèlement à la rue Saint-Thibaut (= Gustave Flaubert) est construit. Il comprend deux salles de 24 lits par étage, soit en tout 150 lits.
En 1900, le rapport d'inspection dit qu'il ne reste plus rien des premières constructions, l'hôpital ayant été rebâti au fur et à mesure sur le modèle des anciens bâtiments. Le plan d'ensemble élaboré en 1880 se poursuit, composé de pavillons à trois étages, avec corps central où sont placés les locaux de servitude, les W.C., les lavabos, les bains.
Voici le plan masse de l'hôpital général, dressé en 1901.
Plan masse de l'hôpital général, dressé en 1901 (AM Le Havre, FQ/Q3 10, 11).
Cette carte postale a été publiée sur le forum du GGHSM par Pierre Bruger.
En 1909, on décide de construire une aile à l'est du bâtiment des hommes et une nouvelle salle de chirurgie pour les femmes.
En 1923, quatre nouvelles salles sont inaugurées, ainsi qu'un bâtiment neuf à deux étages avec quatre salles d'opération.
Un nouveau projet d'aménagements et d'agrandissements est à l'étude en mai 1930, mais la guerre interrompra ces projets...
Voici quelques vues de l'hôpital sinistré suite aux bombardements de 1944...
Le pavillon de médecine (vue arrière), sinistré.
Façade et entrée du pavillon de chirurgie, déblayées après le bombardement du 2 août 1944.
Le pavillon Charcot (service des aliénés), après bombardement.
Le viaduc du funiculaire, tombé dans l'hôpital, le 2 août 1944.
Certains bâtiments seront reconstruits ou restaurés après guerre. C'est le cas du pavillon Mallard, du pavillon Launay, du pavillon Berger, devenu en 1988 le Pavillon Mère-enfant, communément appelé la maternité Flaubert... autant de constructions toujours visibles aujourd'hui...
Hôpital général, pavillon Mallard, après reconstruction de la partie sinistrée.
Ancien pavillon Berger, devenue Pavillon Mère-enfant.
Sources :
- Petite histoire illustrée du Havre, Beaucamp et Le Grix, Le Havre 1893.
- Le Havre de 1517 à 1966, 2500 dates au fil des années, Michel Eloy, Le Havre 1967.
- Regards sur quatre siècles de vie hospitalière au Havre, Philippe Manneville, Centre Hospitalier du Havre, éditeur, 1994.
Toutes les illustrations sont extraites de ce dernier ouvrage.
19 août 2008
L'Hôpital général du Havre, précisions...
Suite aujourd'hui de nos tribulations à propos de l'Hôpital général du Havre...
Avant de poursuivre demain l'historique de cet hôpital, je voudrais revenir sur plusieurs points non évoqués avant-hier.
Tout d'abord, quasiment dès sa création, cet hôpital a obtenu du roi deux privilèges qu'il conserva longtemps et qui lui permirent de "faire rentrer de l'argent" dans ses caisses, argent autre que celui des dons et donations...
Par un arrêt du Conseil du 5 novembre 1686, on lui octroie le privilège de la fabrication et de la vente des étoupes destinées à calfater les vaisseaux de la marine. Avant cette date, cette fabrication se faisait à domicile par des femmes et des invalides, parmi les plus pauvres de la population, demeurant surtout à Saint-François (la rue des Etoupières en est un souvenir). Comme il n'était pas question d'enlever à ces travailleurs leur seul moyen de subsistance, sauf à les conduire à l'hôpital, ils furent maintenus dans leur statut de travailleurs à domicile, mais sous le contrôle de l'hôpital. L'hôpital augmenta aussi leur nombre et créa parallèlement ses propres ateliers au sein même de l'hôpital où il employa les petits garçons et les filles.
L'autre privilège accordé à l'Hôpital général était le droit exclusif de l'établissement des bateaux passagers du Havre à Honfleur, pour les personnes et les marchandises (d'où la dénomination Bateaux de l'Hospice).
En 1696, l'Hôpital racheta à leurs armateurs les quatre barques passagères qui, avant le privilège, effectuaient ce service. Puis on en supprima deux en 1722. L'Hôpital bénéficiera des fruits de ce privilège jusqu'en 1875, date à laquelle, devant la désuétude de ce moyen de transport pour franchir l'estuaire, il remettra à l’hôpital de Honfleur la dernière barque-passagère et cessera l’exploitation.

Le poste des bateaux passagers en 1849.
Dessin de Riou, d'après un croquis de Boudin.
(Le Havre d'autrefois)
Vous remarquerez que ces bateaux étaient appelés "les Bateaux de l'Hospice" et non "les Bateaux de l'Hôpital". De même, si l'appellation officielle de cet hôpital était "Hôpital général de la charité Saint-Jean-Baptiste", il n'était pas rare de le voir appeler "Hospice général de la Charité Saint-Jean-Baptiste".
A quoi tient donc cette différence d'appellation entre hôpital et hospice ? On confond généralement les deux, mais en fait, chaque mot désigne bien une réalité différente. Les hospices sont consacrés à la vieillesse et aux incurables, tandis que l'hôpital a vocation à soigner temporairement des malades. Or, notre hôpital-hospice remplit bien les deux fonctions : il reçoit les incurables des deux sexes et soigne les malades civils, hommes, femmes et enfants, atteints de maladie aiguës et chroniques, ou blessés accidentellement, les malades militaires et marins, les enfants assistés, les détenus malades et les aliénés....
Tous les services relatifs à cet hôpital sont administrés par une commission composée du maire et de six membres renouvelables : deux membres élus par le conseil municipal et les quatre autres nommés par le préfet et renouvelables par quart chaque année.
A partir de 1871, un directeur, ayant sous ses ordres un économe, aura la surveillance générale de ces services. Un receveur spécial gèrera les revenus.
Les chirurgiens et les médecins n'obtiennent le titre de médecin des hôpitaux qu'après avoir été reçus à un concours très difficile.

Affiche pour le "concours pour une place de médecin suppléant" des hospices du Havre, du 28 juin 1905.
(AM Le Havre, FC/Q3 10, 10)

Quelques médecins de l'Hôpital Général au XIXe siècle
Quarante religieuses de la congrégation de Saint-Thomas de Villeneuve assistent les malades à l'Hospice Général.

Soeur de la Congrégation de Saint Thomas de Villeneuve
Demain, je poursuivrai donc l'historique de l'Hôpital en vous parlant des différentes constructions qui sont venues s'ajouter au XIXe siècle à celles déjà évoquées avant-hier...
Sources :
- Petite histoire illustrée du Havre, Beaucamp et Le Grix, Le Havre 1893.
- Le franchissement de l’estuaire de la
Seine à travers l’Histoire, Jean Legoy, Cahiers Havrais de Recherche Historique, n° 52.
- Regards sur quatre siècles de vie hospitalière au Havre, Philippe Manneville, Centre Hospitalier du Havre,éditeur, 1994.
Toutes les illustrations sont extraites de ce dernier ouvrage, exceptée la première, extraite de l'ouvrage de Jean Legoy.
18 août 2008
L'Hôpital général du Havre, en 1669...
Allez, finies les vacances, à la demande générale, dans les commentaires (moins nombreux en ce moment d'ailleurs...) ou par mails, je repars pour une série de petits (!) articles davantage historiques.
Je reprends aujourd'hui l'histoire des hôpitaux du Havre. J'ai déjà évoqué les deux premiers lors de précédents posts :
Je vais maintenant vous parler du troisième : l'hôpital général du Havre, bâti en 1669.
Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, le nombre de mendiants et de pauvres augmente de façon exponentielle en France. La seule réponse que trouve l'Etat pour résoudre ce problème est d'enfermer ces personnes... L'enfermement est en effet prôné par Colbert par un édit de 1662.
Du coup, on construit un peu partout dans les villes ou les gros bourgs de France des "hôpitaux généraux"... et Le Havre n'échappe pas à la règle. La fondation d'un hôpital général au Havre est demandé au Roi en 1667, pour former les pauvres "à la piété et Religion chrestienne et aux mestiers dont ils sont capables", mais également pour y enfermer les enfants abandonnés, les filles perdues, les vénériens, les fous. Cette politique hospitalière va perdurer pratiquement jusqu'au milieu du XXe siècle !
Le Conseil du Roi, après enquête, rend un arrêt le 20 mars 1669 où il décide de la création d'un hôpital général pour la ville du Havre, mais sur le territoire de la commune voisine d'Ingouville.
Les Lettres patentes (c'est
un acte par lequel le roi donne autorité à un droit, à un état ou à un
privilège : cela correspond dans notre droit à un décret pris en Conseil
d'État) du 16 mai 1669 précisent les modalités de cette création. L'établissement portera le nom d'Hôpital général de la Charité Saint-Jean-Baptiste : on y enfermera tous les pauvres mendiants valides et invalides, sains et malades de la ville du Havre et du bourg d'Ingouville. Des soins pourront aussi être dispensés aux personnes malades.
Parallèlement, on interdit de mendier en ville sous peine de carcan pour la première fois, puis du fouet et enfin des galères pour les hommes et du bannissement pour les femmes, en cas de récidive.
Médaille commémorant l'édit de 1700, interdisant la mendicité.
(Illustration extraite de l'ouvrage de Philippe Manneville, p. 12)
En fait, l'Hôpital général n'est pas perçu comme un établissement médical, mais "comme un étrange pouvoir que le roi établit entre la police et la justice" (Michel FOUCAULT, Histoire de la folie à l'âge classique, Le Monde en 10/18, cité par Philippe Manneville dans l'ouvrage mentionné dans les sources, p. 14).
Toutefois, pour le pouvoir royal, il ne s'agissait pas simplement d'enfermer les mendiants, il fallait encore les faire travailler lorsqu'ils en étaient capables. C'était à la fois une thérapie mais aussi un moyen de récupérer des fonds pour l'hôpital. Des accords sont donc établis avec des artisans de la ville, des capitaines de navires qui viennent former les mendiants et les pauvres de l'hôpital, mais ces derniers pouvaient aussi être placés auprès de ces artisans et capitaines, en ville. Toutefois, cet apprentissage était surtout dispensé aux enfants abandonnés...
Cependant, il ne suffisait pas de décider de créer un nouvel établissement et de lui donner un programme et des moyens, il fallait tout d'abord le construire. On avait désigné Ingouville comme terre d'accueil, mais pourquoi ce transfert ? Je vous rappelle que l'hôtel-Dieu du Havre se trouvait à cette époque à l'emplacement du futur Arsenal, donc au Havre.
Vue du Bassin du Roy datée de 1667.
On remarque l'Hôtel-Dieu et sa chapelle, peu de temps avant sa démolition et la construction de l'Arsenal.
(Illustration extraite de l'ouvrage de Jean Legoy, p. 79)
Donc, pourquoi ce transfert ? Sans doute parce qu'il n'offrait pas les capacités suffisantes et qu'une extension n'était pas possible. A cette date, Le Havre est encore enclavé dans ses remparts et les terrains manquent en ville, d'où des constructions tout en hauteur... (voir à ce propos un précédent billet sur ces maisons de plusieurs étages construites rue Dauphine, maisons pour quelques unes encore debout aujourd'hui...)
Le désir d'installer le nouvel hôpital hors des murs du Havre tient aussi en partie à la volonté du pouvoir royal de pouvoir respirer dans cet établissement un air un peu plus salubre qu'en ville. "Mais il y a surtout qu'au même moment, sous l'impulsion de Colbert, qui avait choisi Le Havre pour faire le grand port militaire du Ponant, se décidait la construction d'un arsenal de marine pour lequel il fallait trouver de la place. Or cette place ne pouvait que se trouver à proximité immédiate du seul bassin à flot du port, le bassin du Roi, réservé d'ailleurs à la marine de l'Etat ; l'emplacement de l'hôtel-Dieu se révélait être l'emplacement idéal. Tout, comme en 1591, l'hôpital avait dû céder sa place aux Capucins, l'hôtel-Dieu allait devoir laisser la sienne à l'Arsenal". (Philippe Manneville)
Le 30 mai 1669, la Ville vendait à la Marine la place et maison de l'hôpital moyennant la somme de 22.000 livres. Le même jour, les administrateurs du futur hôpital général acquéraient de Pierre de Grainville, pour la somme de 20.000 livres un héritage comprenant un terrain de 17 acres de terre sur lequel étaient établies une ferme et ses dépendances. La ferme fut d'ailleurs maintenue en activité jusqu'au XIXe siècle. Un bâtiment qui servit à l'époque de logement à l'aumônier de l'hôpital subsistait encore dans les années 1990.
Dernière construction existant de la ferme où fut édifié l'Hôpital général du Havre en 1669.
(Photographie extraite de l'ouvrage de Philippe Manneville, p. 16)
Il y a encore quelques années, ce vestige de l'ancienne ferme côtoyait le pavillon de la Direction.
Il n'existe cependant plus aujourd'hui... bien dommage !
(Photographie extraite de l'ouvrage de Philippe Manneville, p. 113)
Comme dans beaucoup de créations de l'époque, c'est une chapelle qui fut édifiée en premier, avec de chaque côté une aile de bâtiment.
En 1673, on ajoute un autre bâtiment à l'est dans la cour, puis en 1676, encore un autre au nord.
En 1708, on construisit un bâtiment pour les filles abandonnées ainsi qu'un mur autour du cimetière de l'hôpital.

Plan de l'Hôpital général en 1712. Dessin de Martin Foache exécuté en 1814.
(AM Le Havre, II 23 p 375)
(Plan extrait de l'ouvrage de Philippe Manneville, p. 17)
En 1718, on édifia des cachots ou des cellules pour les fous furieux, ainsi qu'un moulin à blé pour les besoins de l'hôpital.
En 1720, grâce à un don de 6.000 livres de M. Duval d'Epremesnil, on put remplacer les fossés qui entouraient l'établissement par un mur, afin d'éviter les évasions.
En 1751, on acheva la construction dans la cour d'un bâtiment abritant les ateliers de menuiserie, de cordonnerie et de tissage, et, à l'étage, une crèche.
Les constructions de cet hôpital ne se sont donc pas faites en un jour, mais ont été étalées dans le temps, à la fois pour répondre aux besoins de l'hôpital, mais aussi pour tenir compte des possibilités financières... Des aménagements et des améliorations furent aussi apportées au fil du temps.
Concernant le mobilier et l'agencement intérieur, on a peu de renseignements. On sait simplement que les conditions de vie étaient mauvaises car non différentes des autres habitations de la ville, et que l'hôpital était peu entretenu et relativement insalubre. L'eau ne fut installée dans l'hôpital qu'en 1745. Auparavant, on faisait appel à des porteurs d'eau...

Seul élément subsistant de la première chapelle, la chaire, d'époque Louis XV,
classée monument historique le 1er septembre 1978, se trouve aujourd'hui en dépôt dans l'église d'Harfleur.
(Photographie extraite de l'ouvrage de Philippe Manneville, p. 17)
J'arrête là cet historique de l'hôpital général du Havre. J'évoquerai dans les prochains jours ce qu'il advint de cet hôpital au XIXe siècle...
Sources :
- Le Havre de 1517 à 1966, 2500 dates au fil des années, Michel Eloy, Le Havre 1967.
- Le peuple du Havre et son histoire, Des origines à 1800 (volume 1), Jean Legoy, Le Havre 1980.
- Regards sur quatre siècles de vie hospitalière au Havre, Philippe Manneville, Centre Hospitalier du Havre,éditeur, 1994.
05 août 2008
Un deuxième hôpital, en 1591...
Comme on l'a vu hier, en 1591, l'hôpital du Havre est contraint de déménager pour laisser la place aux Capucins. Dans l'urgence, le corps de ville se porte acquéreur d'une place "assise sur la rue Françoise (= rue Bazan d'avant guerre) en bout de l'islet près les remparts du costé de la porte d'Ingouville d'icelle ville, bornée d'un costé de ladicte rue Françoise, d'autre costé le quay appelé quay aux Videcoqs, d'un bout d'une place appartenant à Maître Etienne Petit et d'aultre bout la rue des Remparts (= rue de l'Arsenal d'avant guerre) d'icelle ville" (AM Le Havre, GG 543). Cela correspond à l'emplacement où plus tard, on édifiera l'Arsenal.
Cet établissement mis du temps à être édifié puisqu'en 1599, les travaux n'étaient toujours pas achevés.
On sait peu de choses sur cet hôpital, si ce n'est que sa durée de vie ne fut pas très longue... A l'intérieur, il y avait une chapelle. Des plans de 1640 montrent "une cour close de murs. A l'ouest, des bâtiments bordent, sur deux côtés, une autre cour. Ce sont, au nord, sur la rue des Remparts, une construction sans caractère particulier et, en retour d'équerre, sur la rue Françoise, un édifice dont les pignons sont surmontés d'antéfixes et qui pourraient être pris pour la chapelle. Au sud enfin, touchant ce dernier bâtiment par son angle sud-est, le clocher". (Georges Priem, Les origines de l'hôpital général du Havre, SHED, 1969)
Cet hôpital était ouvert aux catholiques comme aux protestants. Il était aussi propriétaire d'immeubles dont le 53, Grande Rue (= rue de Paris), où se réunissait le bureau de l'Hôpital, d'où son nom de Petit Hôpital... Il dépendait du corps de ville, et de ce fait, diverses amendes de police ainsi que le produit de diverses confiscations lui étaient affectées.
L'édifice et les terrains furent vendus à l'Etat le 30 mai 1669 afin de construire à cet endroit le futur Arsenal du Havre. On transféra alors l'hôpital à Ingouville, au lieu où il se trouve encore aujourd'hui...
Sources :
- Petite Histoire illustrée du Havre, Emile de Beaucamp et N. Le Grix, Le Havre 1893.
- Le Havre de 1517 à 1966, 2500 dates au fil des années, Michel Eloy, Le Havre 1967.
- Regards sur quatre siècles de vie hospitalière au Havre, Philippe Manneville, Centre Hospitalier du Havre,éditeur, 1994.
04 août 2008
Le premier hôpital du Havre, en 1556...
Aujourd'hui, début d'une série d'articles consacrés aux hôpitaux que Le Havre a connus...
A l'époque médiévale, l'hospitalité, au sens premier du terme, était réservée à l'Eglise. Dès lors qu'il fallait "assister" ou soigner quelqu'un, on faisait appel à la "charité chrétienne". Les pauvres étaient en effet considérés comme les "pauvres du Christ", et à cet égard, comme ses représentants sur terre.
Cependant, au XVIe siècle, sous l'influence d'idées nées avec la Renaissance, le pauvre commence à faire peur, d'autant plus que le nombre de pauvres et de mendiants augmente... Le pouvoir royal décide de réguler tout ça, et commence à créer des hôpitaux laïcs qu'il réglemente.
C'est donc naturellement qu'en 1554, devant des épidémies récurrentes aux abords de la Ville du Havre, Henri II décide de fonder un hôpital (ou hôtel-dieu) au Havre. Jusqu'alors, aucune structure hospitalière n'avait été créée au Havre. Alphonse Martin rapporte même dans sa Description historique et topographique de la Ville du Havre cette anecdote : en 1522, on fut obligé d'envoyer une petite enfant malade à l'hôpital de Montivilliers...
Seulement, ce n'est qu'en 1556 que fut réellement établi cet hôtel-dieu. Le versement d'une somme de 300 livres aumônées aux pauvres par un marchand étranger à la ville aida à cette construction.
On bâtit cet édifice dans le quartier des Barres. Il dépendait donc de la paroisse Saint-François. Il se trouvait rue du Grand Croissant, sur l'emplacement du futur Couvent des Capucins, puis de la future Manufacture des Tabacs. Aujourd'hui, il se trouverait quai Casimir Delavigne, au beau milieu de la cour de l'école Dauphine...
Détruit par des opérations militaires lors du siège du Havre en 1562-1563, on le reconstruisit au même endroit.
La Ville avait la responsabilité de l'Hôpital.
En 1591, à l'instigation de Marie de Barthenay, veuve du Maréchal de Joyeuse, mère de l'ancien gouverneur du Havre Anne de Joyeuse (malgré le prénom, il s'agit bien d'un homme...), les Capucins s'installent au Havre. Elle obtint de son neveu ,le gouverneur André Brancas de Villars, de leur faire attribuer "l'église et l'hôpital de ladite ville avec plusieurs places adjacentes" pour les y installer.
Du coup, il fallut trouver un autre emplacement à l'hôpital. Cette arrivée des Capucins au Havre marqua donc la fin du premier hôtel-dieu.
Sources :
- Petite Histoire illustrée du Havre, Emile de Beaucamp et N. Le Grix, Le Havre 1893.
- Le Havre de 1517 à 1966, 2500 dates au fil des années, Michel Eloy, Le Havre 1967.
- Regards sur quatre siècles de vie hospitalière au Havre, Philippe Manneville, Centre Hospitalier du Havre,éditeur, 1994.
















































